2014 à fin 2016, l’Œuvre au jaune (Xanthosis)
Cette période marque un tournant, une reculade et des doutes, armé de plusieurs propositions de signatures alléchantes, j’ai eu la chance de pouvoir rapidement découvrir la joie des contrats d’édition à compte d’auteur et d’éditeur. La possibilité de refuser de signer chez les uns au profit de ce que l’on considère comme une maison d’édition traditionnelle (aucuns frais pour l’écrivain qui a sué et saigné sur son manuscrit) m’a été offerte avec plusieurs requêtes préalables. Néanmoins, la désillusion fut quand même rude. Sur une vingtaine de maisons traditionnelles sollicitées, seules deux on répondu positivement avec un certain nombre de contraintes inacceptables (l’une d’entre elles voulait, au mépris complet du droit d’auteur, que je leur cède le manuscrit pour qu’ils puissent le confier à un autre de leurs poulain, la seconde m’a proposé un à-valoir tout à fait plaisant si je rajoutais quelques chapitres au moins érotiques si ce n’est plus explicites susceptibles de plaire à leur lectorat jeune adulte. C’est à ce moment que j’ai réalisé quelque chose. Si deux éditeurs se montraient intéressés avec un certain nombre d’aménagements que je n’étais pas prêt à concéder, alors il fallait encore le travailler. Entre 2014 et 2015, le roman est donc passé en phase de sublimation, j’ai repris mon bâton de pèlerin, pris contact avec les éditeurs, par téléphone, par messagerie, par courrier, en allant directement sonner à leurs bureaux, sans hésitation ni détour, je leur ai demandé ce qui avait plu, pas plus, la réaction des comités de lecture ainsi qu’éventuellement des pistes pour m’améliorer.

Cette phase m’a bien pris trois bons mois supplémentaires, entre frustrations et encouragements, je passais sans hésiter d’un extrême à l’autre tout en tentant de faire le grand écart. Je remercie infiniment ici les maisons d’édition qui m’ont réconforté dans ma voie, celle qui m’ont conseillé d’autres portes à pousser, celles qui m’ont expliqué le principe de la ligne éditoriale, les éditeurs et directeurs de collection qui ont pris le temps de me parler, m’encourager, me forcer à continuer inlassablement. Je remercie ici également les professionnels qui ont pointé sans ménagement, même si c’était difficile à entendre, les failles, les erreurs, les incohérences, ce qui ne plaisait pas, ce qui ne fonctionnait pas… Je suis sorti de ces épreuves grandi. Soutenu sans faillir par mon épouse, j’ai repris le travail au début, chapitre par chapitre, réécrivant, rajoutant, densifiant, coupant les passages inutiles, insistant sur les moments clefs, diluant l’intrigue dans une série de sous-ensembles. Cette période faste et furieuse (désolé) m’a vu travailler facilement plus de deux mille heures supplémentaires, je ne compte plus les nuits blanches, les samedis et dimanche sacrifiés, les sorties annulées. Ce manuscrit me hantait, me consumait et je ne pouvais rien faire d’autre que d’avancer, encore et encore sans m’arrêter, car je savais aussi que si je m’interrompais, ce rêve pourrait simplement disparaître. Il était hors de question que je l’abandonne.

Fin 2015 le manuscrit et à nouveau soumis aux maisons d’édition. Cette fois-ci, ma liste est courte, elles sont six, ciblées et verrouillées. La présentation est bétonnée, le résumé également et le texte ne ressemble à rien de ce que j’avais écrit avant. Résultat des courses, deux refus pour cause d’agenda surchargé et quatre propositions de contrats à compte d’éditeur dont celui que je visais au départ. Si les autres sollicitations sont alléchantes, elles restent en dessous des critères que je m’étais fixé, tant en valorisation de droits reversés, qu’en auteurs au catalogue et à côté de qui j’aurais été fier de m’afficher. Après une série d’échange honnête avec tous, j’ai signé mon contrat avec l’éditeur qui s’occupera donc de La voie des ombres et si tout se passe bien, de la totalité de la saga de la Connexio Sybarite.

En mars 2016, commence alors l’attente, les angoisses nocturnes, les cauchemars. Être auteur c’est avant tout une profession de foi, une vocation, si vous comptez payer votre loyer avec ça, il va falloir vous accrocher. Le temps ne passe pas de la même manière pour l’écrivain que pour l’éditeur. Il y en a un qui voudrait que ça avance vite et voir son nom dans toutes les librairies francophones qui se respectent, et l’autre qui doit jongler entre tous ses auteurs, l’agenda, les salons, les sorties, les annonces, etc. La leçon à retenir dans tout cela ? Une fois un contrat signé, l’attente peut être encore plus douloureuse qu’avant. Mais au bout du chemin, il y a la lumière (du moins j’en suis persuadé)

Le prochain article traitera des corrections éditoriales et de la validation de la couverture. D’ici là, portez-vous bien.

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