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Connexio Sybarite : L’histoire dans l’Histoire : Tome 2 : Mélanosis

Bienvenue, aujourd’hui, j’aborderais le passage le plus long et le plus délicat de la Connexio Sybarite. J’ai choisi sciemment d’associer un titre particulier à cet article dans son sens alchimique pour parler de cette traversée du désert…
Qui a prétendu qu’un désert devait être chaud et brûlant ?
Le choix d’employer ce terme pour désigner cette phase de réécriture, coupure correspond assez bien avec le principe de la calcination, l’auteur brûlé par les flammes du stylo qui ne peut s’arrêter et le manuscrit qui après avoir dévoré des feuilles par centaines se réduit à l’état de scories.
Lien vers le grand œuvre parce que je ne suis pas comme ça et que ma prétention n’a pas de limites, je suis un auteur non ? Allez, en avant pour les clichés, de toute façon mes chevilles ont trop enflé pour mes chaussures et ma tête ne passe plus les portes… (merci de prendre cette information comme du second degré voire au-delà, au cas où certains penseraient que je suis sérieux quand même à ce sujet.)
Dans l’article précédent, j’ai abordé la genèse du concept, ces quelques feuilles volantes griffonnées sur papier brouillon vite fait bien fait qui à force de tâches de boisson et de graisse de biscuits apéritifs se sont transformées en un fatras illisible. Étonnamment, j’ai continué à écrire, encore et encore, ce n’est que le début, d’accord… Promis, j’arrête… Pour l’instant.
Il est surprenant de voir comment, une fois lancée, une imagination farfelue et débridée ne vous laisse plus vraiment le choix.
C’était devenu une drogue, un exutoire, un espace privé rien qu’à moi dans un endroit inattendu que rien ni personne ne pouvait m’arracher. Pour ne plus rien perdre, j’ai commencé dans des cahiers… Mais ils étaient insuffisants, trop courts, trop malaisés à manipuler, l’arrachage de feuille était complexe, alors j’ai tout recommencé, j’ai tout perforé, le manuscrit s’est retrouvé dans un classeur… Première réécriture complète pour ce compagnon fidèle qui ne m’a jamais quitté jusqu’à ce jour fatidique, mais j’ai conservé l’original. Je m’en rappellerais longtemps, j’étais arrivé à l’université, le bac en poche, peinard, alors que les autres trimaient comme des fous sur leurs cours, je passais mes nuits et mes jours à écrire, un moment de libre, en avant, stylo en main tout allait bien. Il me fallait ma dose… J’en ai rempli des feuilles et des feuilles, j’en ai veillé des nuits blanches à essayer de contenter une maîtresse avide et insatiable qui ne voulait pas entendre parler de repos. Dormir ? Impossible, je devais finir encore quelques mots, encore cette page, encore ce chapitre… Certaines personnes ont cru que je pouvais être sous l’emprise d’une influence maléfique… Ils ne se trompaient pas, oh comme ils avaient raison, mais ils ne se doutaient pas que ma drogue à moi s’injectait à coup de stylos bille sur des feuilles de papier qui ne voulaient plus entrer dans ce classeur… Et voici que la nuit fatidique est arrivée. Celui que j’emportais partout a démissionné, mon fidèle classeur à la couverture ravagée, aux mécanismes usés a abandonné le champ de bataille, m’abandonnant là, tout seul dans une chambre de cité universitaire de neuf mètres carrés, le sol jonché de feuilles griffonnées et noircies sans relâche jour après jour pendant près de trois ans… Je vous laisse imaginer le nombre ? Non ? Vous ne voulez pas ? 1600 et des schtroumpfs… C’est lourd dans le sac à dos je ne m’en étais jamais rendu compte…
Mon bureau aurait facilement pu ressembler peu ou prou à cela.
Je ne m’étais jamais rendu compte également de toutes les pages que j’avais réécrites inlassablement, mais conservées dans le doute. Les notes de bas de page, les marges emplies de commentaires des lecteurs successifs.
Encore sous le choc de la mort de mon classeur (c’est fou comme certains événements anodins peuvent prendre une dimension dramatique dans certains cas) je me suis mis à me relire. L’histoire avait bien changé depuis ce temps, évolué vers quelque chose de plus sombre, plus adulte, beaucoup moins assuré, transcrivant mes doutes, mes interrogations mes espoirs…
À l’époque donc, je suis passé d’une vie bien rangée chez papa, maman, à une existence dissolue, cité universitaire, vie de bohème, collocation, l’insouciance et la jeunesse encourageaient à ne pas se poser de question, l’avenir ? Bah, un truc de plus à penser, je me pencherai dessus plus tard. Mes fréquentations aussi ont changé, chacun a choisi une autre voie, les amis que je voyais tous les jours se sont éloignés, j’en prends une grande part de responsabilité et j’assume totalement, c’était voulu à une époque où j’avais besoin d’être seul pour assouvir ce besoin dévorant de coucher sur le papier tout ce qui m’encombrait l’esprit. J’en étais quitte pour une nouvelle réécriture. Les manuscrits originaux ont intégré un carton et voici qu’une version revue et corrigée émergeait des cendres des anciennes. Il fallait encore affiner le style, barrer, raturer, couper, trancher. Les personnes qui m’entouraient à ce moment-là, venant d’horizons bien plus divers que ma petite bourgade d’origine, m’ont apporté une vision et un recul que je n’avais pas à l’époque… De lecture distraite, certains d’entre eux sont devenus de véritables piliers, bêta-lecteurs pointant avec acharnement les faiblesses stylistiques, les trous dans le scénario, les incohérences, les changements d’état civil et de sexes de certains personnages (vous n’imaginez pas à quel point). Pendant ces quelques années, l’ouvrage à pris sa forme plus ou moins définitive, la trame et l’histoire ont gagné en profondeur même si ce n’est qu’apparemment, les personnages sont devenus plus torturés, moins manichéens amis ou ennemis n’avaient pas forcément grand sens, les motivations des uns et des autres étaient plus complexes et plus difficiles à cerner. En 2005 j’achetais mon premier ordinateur à moi, pour moi, avec mon salaire et mes petites mimines… Internet illimité tu étais mon creuset dans lequel je brûlais mes pages papier pour les réécrire, encore, en faire quelque chose de propre, lisible, en tout cas moins soluble dans l’eau. À coup de recherches, de références, de découvertes hasardeuses, la calcination originelle était en cours, il ne restait alors plus qu’un manuscrit de six cents pages quand j’ai rencontré celle qui allait me sauver de moi-même.
Qui se rappelle encore avoir connu ce genre d’engin ? Moi oui, avec beaucoup de nostalgie.
Je repense à ces temps très particuliers et je ne regrette rien, aucune action, aucune parole, aucune pensée, tous ces événements enchaînés m’ont entrainé sur une pente qui m’a amené là où je suis à cet instant. Funambule au-dessus du vide, en équilibre instable, j’avance sans penser à l’idée de basculer d’un côté ou de l’autre. le spectacle doit continuer.
Dans cette période, mes sources d’inspiration ont littéralement explosé en termes de quantité et de diversité, m’abreuvant dans la culture accessible via Internet, le cinéma, la lecture, les jeux vidéo, les jeux de plateau, les univers des uns et des autres, mes rencontres, mes compagnons d’un jour ou d’une vie, certains d’entre eux sont devenus des amis proches qui comprenaient ma façon d’agir, d’autres se sont contentés de glisser loin de moi en haussant les épaules… Le spectacle doit continuer.
Pendant ce temps, j’ai une pensée émue pour David, Émilie, Simon, Leelou, Édouard, Johanna, Isabelle, Chung, Serge et quelques autres qui ne se reconnaîtront peut-être jamais, il y a de vous dans ce premier tome, des mots échangés, des idées lancées en l’air, des corrections conservées. Vous avez posé un regard bienveillant sur mon travail et m’avez encouragé, parfois silencieusement, quelques fois durement, mais toujours en me poussant à m’améliorer. Cet article est pour vous.

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