Avis de lecteur – Démons

Ami lecteur, à la veille de la pleine lune (au moment où j’écris ce texte) il fallait que je vous parle d’un ouvrage particulier que j’ai fini de lire cette semaine.
Amateurs de sensations fortes, de changements de perspectives et de mondes abimés, ne vous y trompez pas, emportez votre polaire la plus robuste, préparez vos meilleures chaussures, nous partons aujourd’hui dans un univers à l’ambiance… mortelle.
Mais d’abord, la petite fiche qui va bien :
Le titre : Démons, La fiche sur le site de l’éditeur.
L’auteur : Shirley J. Owens sa page Facebook (informations publiques, je ne vous invite pas à l’ajouter sans la connaître)
L’éditeur : Séma Éditions avec le site de l’éditeur et la page Facebook
Thèmes abordés : Illusions, Démons, Malédiction

Le résumé sur le site de l’éditeur :

« Souffrir ou faire souffrir. Tuer ou mourir. Les choix étaient simples, et limités. Il n’y en avait aucun autre. »
Dans un monde sans pitié, Aldavir, un jeune orphelin, a la chance d’être recueilli par un vieux marchand.

Autant l’avouer tout de suite, celui-ci ne partait pas gagnant au départ, le titre sobre, la couverture un peu inquiétante ont attiré mon regard, j’ai jeté un œil au résumé proposé… Court et lapidaire, je me suis dit pfffiou, ça ne va pas être une histoire pour moi ça. Comme scande le proverbe, l’habit ne fait pas le moine… J’ai commencé, une page, deux, puis trois et me voilà embarqué dans l’aventure. Autant vous prévenir tout de suite au cas où vous n’auriez pas l’habitude de mes comptes rendus de lecteur, non, je ne vous raconterais pas l’histoire, je n’en dirais pas plus. Vous gâcher le plaisir de la découverte ? Très peu pour moi.  En revanche, j’ai été conquis par une plume dure et torturée à souhait, dans un monde qui semble en proie à la désespérance la plus totale, la lumière vient là où on ne l’attendait pas.
Démons est un livre prenant, les personnages ne sont pas touchants, ne sont pas gentils, ne sont pas tendres. Les mots vous renvoient en plein visage une ambiance particulière, on sent la morsure du froid glacial sur notre cou, le souffle des bêtes dans notre dos. Les meurtrissures et le sang qui macule la neige ont beau être ceux que l’auteur a adroitement répandus sans tomber dans le gore gratuit et inepte, il m’a été impossible de ne pas l’imaginer. Malgré toute la dureté des personnages et du monde qui est celui dans lequel ils évoluent, en dépit, ou peut-être grâce à cette violence sous-jacente que ce soit dans les croyances ou dans les actes des protagonistes, je me suis attaché à chacun d’eux. Avertissement : je suis bon public, je le reconnais aisément, mais le roman que l’auteur nous a livré est sans concession. S’adressant à un public relativement jeune adulte, j’ai eu l’agréable surprise de ne trouver aucune scène sexuelle bien que la littérature qui aborde habituellement les démons et les humains voulant toucher ce public en foisonne généralement, je ne citerais aucun nom parce que je n’ai pas envie pas dénigrer, mais il faut admettre que les quelques ouvrages récents que j’ai pu lire dans ce domaine ne m’ont pas rassuré quant au contenu, ils n’ont d’ailleurs pas reçu d’avis de lecture ici, je n’aime pas tirer sur les confrères, j’ai tendance à penser que si je n’ai pas apprécié un livre, celui-ci n’est simplement pas pour moi.
Mais, je digresse, revenons-en à notre héros du jour. L’écriture est donc efficace, les temps morts inexistants nous propulsent inexorablement vers une fin que l’on imagine funeste et terrible. Pour une fois, j’ai été bien plus que juste surpris, emporté dans le tourbillon fatal que l’auteur tisse au fil des chapitres, j’ai cru à plusieurs reprises avoir deviné la fin, facile je me suis dit… Grossière erreur et les ultimes pages nous offrent une belle leçon d’humilité. Elle aurait pu choisir bien d’autres dénouements, bien d’autres façons de faire, toutes auraient été satisfaisantes. Mais là ? Comment l’évoquer sans rien divulguer ? Impossible. Du coup, je n’en dévoilerais pas plus à part le fait que j’ai imaginé cette fin possible au milieu de l’ouvrage avant de secouer la tête et de me dire, non, pas raisonnable.
Voilà, pour celles et ceux qui cherchent un roman jeune adulte pas forcément évident à aborder, n’hésitez pas, les thématiques paraissent assez simplistes, l’histoire peut vous sembler aisée, mais l’auteur a su réellement sortir son épingle du jeu en nous offrant un monde surprenant de dureté où les mots et les rumeurs tuent aussi surement que la hache ou l’épée. Plongez dans cet univers glacial avec un petit goût de cuivre dans la bouche, vous y percevrez l’éclat de l’acier reflétant la lueur sanglante de la pleine lune sur un monde en proie à la peur abjecte du monstre, celui qui frappe sans discernement. Mais le démon n’est pas celui que l’on croit.
Pendant cette lecture, j’ai eu un aperçu d’un roman aux inspirations multiples d’univers complexes, j’y ai retrouvé l’ambiance de films tels que Le monstre de Londres (1935) ou encore Wolfman (1941). Ce roman m’a également rappelé de loin Béowulf par certains aspects sous-jacents (le poème du VIIe siècle, pas l’adaptation cinématographique, pitié) ainsi que certaines bandes dessinées au dessin et aux thématiques très dures dans des mondes abandonnés à la loi du plus fort.
Vous aimez vous faire balloter au gré des récits d’un auteur, frissonner en craignant le pire et espérant le meilleur ?
Alors il ne vous reste plus qu’à aller le dévorer avec frisson.

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