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Le Disjoncteur S01E01 : Un réveil difficile

Angels

Smiling on my happiness

Danger

‘Cause the scene is still a mess

We can all be blast

 

Morcheeba – World Looking In Lyrics

Le Disjoncteur est un feuilleton SFFF à publication hebdomadaire dans l’univers de la Connexio Sybarite. Vous pourrez y suivre Akula et Tayana, deux jeunes associés chasseurs de prime à la poursuite d’un gibier de taille respectable. Si leurs objectifs ne sont pas clairs, un lien plus fort qu’un simple contrat légal les retient de partir chacun de leur côtés. Quels agendas personnels poursuivent-ils ? Un fils de pirate cherchant une repentance personnelle ? Une mystérieuse fille de marchand ? Dans l’espace, l’apparence n’est rien de plus qu’un peu de tôle posée sur un moteur surgonflé. Vous voulez connaître la vérité, il faudra mettre les mains dans le cambouis.

Voici l’épisode 01 de la première saison du Disjoncteur.

Bon, d’accord, ce n’était pas exactement ce qu’on appelle communément une bonne idée, ce n’était même pas une ébauche de plan. Se jeter de cette façon dans un piège aussi grossier… Ridicule. Ils pensaient réellement que leur proie allait leur tomber toute cuite dans le bec ? Le jeune homme écrase son poing sur la console de contrôle, celle-ci émet un bip de protestation faiblard tandis que les systèmes perdent toute leur puissance les uns après les autres. Derrière lui, il peut entendre sa passagère s’escrimer sur les panneaux latéraux, compagne d’infortune embringuée dans cette histoire sur la base d’un pieux mensonge. Tu parles. Les pensées du jeune homme vont à toute allure tout comme ses doigts sur les différents éléments de commande, il est vital de trouver l’origine de l’hémorragie. À ce rythme, ils seront transformés en conserve de viande réfrigérée dans moins d’une heure. Derniers boutons, la console de navigation s’éteint tandis que l’habitacle s’assombrit encore. Un grognement à l’arrière de la cabine, d’un geste malhabile, il envoie la lampe torche vers elle dans l’espoir qu’elle arrive à l’attraper facilement. Un sourd impact métallique, le dispositif vient de rebondir contre la paroi, un juron coloré atteste qu’elle a maintenant heurté la jeune fille. Fermant les yeux un instant, il repense à l’enchaînement, tout est allé tellement vite. Les voilà dans de beaux draps… Évidemment, il y a encore l’option de la balise de détresse, mais sincèrement ? Pour gagner quoi ? Manger une soufflante et perdre le peu de crédibilité qu’il lui reste ? Non merci.

D’un geste brusque, il coupe la console de communication, un autre système qui ne consommera plus le précieux fluide vital de l’astronef. La respiration rauque et le bruit du masque personnel embrouillent l’esprit, les secondes défilent sur sa visière, chacune d’entre-elle le rapprochant inexorablement d’une asphyxie aussi redoutée que fatale.

Un geste las, il défait son harnais de sécurité et s’extrait de son fauteuil. L’absence de pesanteur rend les choses plus faciles. D’une impulsion, le voilà à l’arrière, passant dans le dos de sa compagne. Une tape sur l’épaule, un mouvement de la main, la figure baignée de sueur à travers son casque de scaphandre, une mèche folle un peu bouclée happée au coin de la bouche lui barre le visage. Ses yeux verts concentrés sur la tâche qui lui a été assignée, déconnecter le générateur pour sauvegarder artificiellement le peu de jus restant. Akula attrape une trousse à outils et une ligne de vie avant de tirer sur le levier d’ouverture manuelle du sas. Une poussée brève, le voilà dehors, suspendu par un cordon ombilical d’une effarante finesse, planté au milieu des étoiles.

La coque est salement amochée, traces de brûlures, impacts d’armes cinétiques, ils n’avaient pas une chance. Les membrures qui maintiennent certaines plaques ont éclaté sous l’effet de la chaleur. Le combat était inégal. Le bâti extérieur est faussé en de nombreux endroits et le revêtement s’est fendu de part en part. Secouant la tête en signe de désarroi, il allume sa lampe torche et son détecteur pour repérer les ruptures de circuits justifiant la déperdition alarmante de puissance. Tandis qu’il inspecte la surface et les profondeurs visibles, il repense à la journée précédente. Tout avait pourtant tellement bien commencé. Le jeune homme esquisse un sourire furtif, son père appellerait ça une mutinerie, il n’aurait pas tort, Akula, préfère le terme d’émancipation expresse.

Elle avait ri de ses grands discours au début, la piraterie, l’honneur, le code, l’excitation de l’action, la résolution de chaque parti, la volonté d’en découdre avec le Grand système et ses chiens de guerre, les Forces Spatiales Fédérées. Une mission sacrée, revenir à une meilleure indépendance des capitaines de navires et des planètes. Les parties de cache-cache à l’échelle de la galaxie, les jours fastes et ceux de vaches maigres. Son sourire valait tous les trésors du monde et le jeune homme s’était senti transporté par l’enthousiasme de cette fille de marchand. Tu parles, ensuite elle s’était mise à causer. Son père disait toujours qu’un homme devait écouter son instinct avant sa femme… Il avait peut-être raison et maintenant ils sont dans la panade. À quelques mètres, la balise de détresse. Mais elle transmettra directement leur position au Rhodium, le vaisseau familial. Et le jeune pilote doute sincèrement de la bonne humeur paternelle s’il ramène un des légers dans cet état.

Quand elle s’était mise à parler de sa vie morne à passer d’un système à l’autre en transportant des cargaisons de valeur plus que douteuse, il en avait été retourné. Ainsi, les marchands n’étaient pas tous des types à la bedaine épaisse avec un mal fou à entrer dans un scaphandre. Non, lui était plutôt du genre maigre comme un clou, sec comme un coup de trique, à préférer transporter des marchandises de moindre valeur pour assurer une sécurité relative à coûts réduits ; un pari utile en ces temps où certaines lignes de commerce exigent le paiement d’une assurance supplémentaire et d’une escorte conséquente pour limiter la casse, et encore. Plusieurs groupes de pirates tristement célèbres sont tellement bien organisés et entraînés que même les FSF sont à la peine. Un sourire à l’évocation de leur dernier raid, les mercenaires n’avaient rien compris quand le Rhodium était apparu à moins de cinq cent mètres du transporteur lourd. Faisant feu de tous ses canons de bord, les escorteurs de flancs avaient été vaporisés avant que les chasseurs n’aient le temps de réagir, puis ça avait été le carnage. Akula avait profité du lendemain de beuverie pour s’éclipser plus longuement et plus loin que d’habitude, maintenant il en payait le prix.

Ces deux yeux verts valaient-ils tous les ennuis dans lesquels ils avaient foncé avec autant d’enthousiasme que deux chats sur un pointeur laser ? Ouais, carrément. Par contre, son discours sur l’honneur, la justice et le travail honnête… Bon d’accord, s’il n’avait pas autant bu et s’il n’avait pas voulu lui plaire à ce point, il n’aurait peut-être pas été si sensible à son discours. Franchement, qu’est-ce qui les avait pris ? Un éthylisme avancé, le fait qu’ils soient tous les deux majeurs légalement aux yeux du Grand système… Et voilà comment on se retrouve coincés par un contrat et un acte d’engagement. Pendant qu’il se remémore difficilement la journée de la veille, ses mains travaillent habilement et efficacement. Être fils de pirate apporte un certain nombre d’avantages quand il s’agit d’inspecter une coque endommagée et de faire des réparations de fortune en apesanteur. Un éclat lumineux entre deux tubulures éventrées, il y glisse l’embout du détecteur, la fuite de puissance provient d’ici, un court-circuit sur l’enveloppe externe des accumulateurs. Le soulagement peut se lire sur son visage, le générateur n’est finalement pas en cause. Quelques minutes et une rustine plus tard, le voilà qui retourne vers l’habitacle et referme le sas derrière lui. Un contrôle aux indicateurs de flux, le matériel déconnecté est en mesure de produire sa puissance nominale. Les deux jeunes gens se toisent à travers les parois de leurs visières polarisées, les traits tirés d’angoisse laissent la place au soulagement et aux éclats de rire. Il ne reste plus qu’à réarmer les circuits et rebrancher tout le système électrique.

— Et maintenant ? Où va-t-on ?

— M7, système de Ptolémée, Tarascus

— C’est un vrai coupe-gorge, on va se faire vaporiser dès qu’on y fichera un pied.

— Non, mon vieux avait l’habitude d’y faire halte en cas de coup dur, nous avons quelques contacts là-bas.

— Je doute que ce soit le genre de contact poli et commerçants avec qui mon père pourrait être en affaires.

— Détrompe-toi, mon oncle est parfaitement honorable, il a même travaillé pour les FSF il y a longtemps, avant d’être déclaré traître parce que son commandant a fait n’importe quoi.

— Génial, tu as un vendu dans la famille…

— Bas, ce n’est pas vraiment un sale type, tu verras, il est gentil comme tout et il nous cachera. Il s’est fait avoir à une époque où il était idéaliste.

— Il n’a pas vraiment le choix non ?

— Il pourrait nous balancer, mais il ne le fera pas. De toute façon, quelle autre option avons-nous ? Si tu reviens chez ton père en lui disant que tu as signé un contrat d’engagement envers la fédération des chasseurs de primes, il va faire quoi ? Il va hurler puis te déblatérer un discours sur la nécessité d’aller au bout de ses promesses et tu te retrouveras à la porte, je me trompe ? Il n’a pas l’air d’être du genre à plaisanter sur un contrat de travail signé en bonne et due forme.

La jeune fille ébauche un faible sourire qui fait littéralement fondre le cœur du garçon.

— Tu as raison… Mais ton père…

— Mon père m’assassinerait sur place et toi avec directement et sans sommation. Le code des pirates est assez strict, tu sais. Et pour toi, j’ai brisé quoi ? Trois, quatre peut être une dizaine de règles différentes, toutes passibles du sas sans scaphandre… j’ai volé un vaisseau…

— Je croyais que c’était le tien.

— Sur le principe, c’est le mien, je ne l’ai pas payé simplement…

— Ha…

— J’ai rejeté le métier de pirate pour devenir leur pire ennemi, un chasseur de prime… Pour une fille en plus. Je suis parti sans rien dire… Bref, je crois que nous ne pouvons compter que sur nous.

— Tu m’as menti.

— Oui, j’ai caché la vérité, je le reconnais.

— Pourquoi ?

La jeune femme renifle doucement, ses yeux sont brillants de larmes, son visage reflète une déception terrible. Akula l’observe en se dandinant.

— Tu serais venue avec moi ? Tu aurais pris tous ces risques si je t’avais raconté que j’étais un fils de pirate ? Tu aurais accepté si je t’avais dit que le vaisseau que j’avais est un astronef renégat que je vole à mon propre père ?

— Je ne sais pas…

— Je voulais te plaire, je rêve depuis longtemps d’une vie plus droite, moi je pensais devenir marchand, mais mes parents m’ont montré les dangers auxquels il faut faire face quand on accepte de naviguer à bord d’un navire désarmé non maniable…

— Et alors quoi ? Te faire passer pour un chasseur de prime c’est mieux ?

C’en est trop pour Akula, celui-ci sent une sourde colère monter au plus profond de lui.

— Oui ! Chasseur de prime était le seul métier où je peux imaginer que je suis libre. Libre de choisir mes contrats, libre de choisir mon gibier, libre de découvrir l’univers. Je voulais le découvrir avec toi, j’étais ivre et maintenant je suis coincé ! Coincé avec une nana qui ne sait même pas comment gérer un radar de poursuite ou une contremesure électronique. Par les couilles de mon grand-père ! Tu disais que tu connaissais ces systèmes et que tu ferais un excellent copilote. Tu m’as autant trompé que je ne l’ai fait !

— Ne me crie pas dessus ! C’est inutile, je t’entends parfaitement. Oui ! Moi aussi j’ai menti ! Mais au moins, ce n’est pas sur mon passé criminel. Je n’ai pas pillé de navires ou brûlé d’innocents moi au moins. Oui, j’ai prétendu que je connaissais ces outils, c’est faux, j’ai soutenu que je rêvais d’un univers meilleur débarrassé de ses engeances les plus infectes et je le pensais. Ne sommes-nous plus capables de voir les choses telles que nous les avons imaginées hier ? Bon sang, c’était juste la veille, on dirait que ça fait des années et qu’on s’enguirlande comme un vieux couple…

Le jeune homme s’empourpre jusqu’à la racine des cheveux avant de regarder intensément les indications du tableau de bord et de la carte stellaire pour calculer le cap vers Tarascus.

— Je suis navré.

— Pardon ?

— Je suis désolé, je voulais vraiment éviter, enfin tu sais, mes parents, la piraterie, ça n’a jamais été mon truc ; tu avais l’air de me comprendre quand j’en parlais… J’ai eu peur, j’ai eu envie que tu me voies sous un meilleur jour… Je suis désolé. Je vais nous ramener à Tarascus, de là, nous pourrons trouver une agence et négocier pour rompre le contrat de lien, ça devrait nous libérer de nos engagements. Tu pourras contacter un associé de ton père pour le retrouver au plus vite.

— Et toi ? Tu vas faire quoi ?

— Je ne sais pas. Je vais tenter de vendre le tas de ferraille au poids, ensuite…

— Tu sais, je suis désolée aussi de t’avoir menti, je pensais… Tout paraissait tellement simple en te voyant faire. Je… Je ne suis pas… Je n’ai pas envie de rompre le contrat d’association.

— Pourquoi ?

— Parce que nous avons accepté une chasse et que si nous brisons notre engagement nous devrons tous les deux rembourser le montant de la prime en indemnités. De plus, je t’apprécie quand même, tu as eu l’honnêteté, certes tardive, de m’avouer la vérité alors que j’ai gardé le silence.

— Tu t’es bien débrouillée avec le générateur et les circuits internes.

— Et toi, tu nous as sauvé la peau.

— Merci. Trêve ?

— Trêve.

— En route pour Tarascus alors. Il va falloir remettre ce tas de ferraille en état si nous voulons avoir une chance de concurrencer le vaisseau de Tolède et de la retrouver avant qu’elle ne se débarrasse du mouchard.

D’un geste enthousiaste, le jeune homme active le propulseur de phase et tandis que le petit chasseur bondit dans l’espace vers sa destination. Il se laisse à espérer que leur association est bien plus que le résultat d’un simple soir d’ivresse. Peut-être les étoiles se sont-elles penchées sur leur destinée. La facilité déconcertante avec laquelle ils ont réussi à traquer leur première proie, une cible de choix avec une prime tellement énorme à la clef qu’ils pourront envisager l’avenir sereinement. Un regard à la dérobée vers cette associée surprenante, son visage est déterminé. Maintenant qu’il sait qu’elle ne connaît rien au pilotage, il ne reste plus qu’à lui apprendre afin d’être prêts lorsqu’ils retomberont sur leur cible. Et cette fois-ci, la prime ne leur échappera pas.

Désormais avec l’esprit libre, Akula en profite pour repenser plus calmement aux dernières 24 heures. Avec du recul, comment est-il possible de prendre une perpendiculaire aussi drastique ? Quelle est la chance de rencontrer une fille, charmante au demeurant, qui vous fasse perdre tellement la tête au point d’accepter, même ivre mort, de signer un contrat d’association contraignant, voler un vaisseau à un pirate reconnu et dangereux, de choisir par défi la prime la plus dangereuse de la liste et de tomber dessus dans le secteur lors de la première sortie ? Si les dernières heures sont parfaitement claires après avoir repris connaissance, les heures situées entre le moment où il s’est esquivé du Rhodium et le début du combat contre Tolède ressemble à un immense gruyère entrecoupé d’éclats de rire stupides… Quelque chose cloche. Le jeune homme observe à la dérobée celle qui s’est improvisée associée et coéquipière… Elle n’a pas l’air triste pour deux sous, elle n’a même plus l’air fâchée. Tout ça serait du cinéma ? Les rêveries du pilote sont interrompues par l’alerte de sortie de phase…

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