Le Disjoncteur S02E10 : Terre

23 h 15 standard, Système Solaire, Vaisseau précurseur Obéron.

La voix étouffée de Tayana résonne dans le casque de Calgarius tandis que celui-ci tente de reprendre ses esprits avec difficultés. Le cocktail médicamenteux se dissipe doucement tandis que le jeune homme ouvre les yeux péniblement sur l’univers qui l’entoure.

— Du calme, je suis là, tout va bien. Qu’est-ce qui s’est passé ?

— Non ! Tout ne va pas bien ! Je suis coincée sous une cloison et Eleanor s’est sacrifiée pour nous ! Pour couronner le tout, les graphiques des consoles en salle d’ingénierie sont en train de dégringoler !

Secouant la tête pour s’éclaircir les idées, il observe la passerelle inconnue sous un autre angle. Les cadavres n’ont pas bougé de leurs sièges, sûrement un effet de magnétisme, plusieurs objets flottent aléatoirement, signe d’une réintégration plus violente qu’il ne l’imaginait. Les souvenirs des derniers moments avant le saut reviennent peu à peu à sa mémoire et il ne peut s’empêcher de renifler à l’idée de la disparition définitive d’Eleanor. Levant les yeux sur la verrière principale, la vision qui l’assaille le saisit d’effroi.

— Euh. Mik ?

— Toujours là, ne me dit pas que tu ne sais pas où est la salle des machines.

Son ton narquois laisse planer une note de sarcasme où perce une pointe de souffrance. L’inquiétude du jeune homme s’accroit et se perçoit dans le ton de sa réponse.

— Non, ça, ça ira, j’ai les plans reconstitués en partie par les transmissions de ton wrister, par contre, tu n’as vraiment aucun moyen de te dégager toute seule ?

— Non ! Pourquoi ? Tu dois aller pisser ?

La répartie inattendue de Tayana arrache un sourire au jeune homme, malgré la situation délicate dans laquelle ils se trouvent.

—Très drôle, je suis plié de rire. Plus sérieusement, je pense qu’on va avoir un tout autre problème dans très peu de temps.

— Sérieux comment ?

—Sérieux comme, je ne sais pas piloter cet engin, nous sommes en vrille complète et nous venons de dépasser la lune à très haute vélocité. C’est fou ce qu’on peut observer à travers cette verrière.

— C’est-à-dire ?

— Que nous n’allons pas nous mettre en orbite autour de la Terre.

— Ce n’est pas très grave pour le moment, si ? Ne me dis pas que…

— Toi qui es fan de l’antiquum, tu seras servie… Si nous survivons.

Le ton sarcastique de Mikado laisse place à la vérité froide et glaçante de leur situation. L’épave désemparée et incontrôlable est inexorablement attirée par la gravité de la planète et la vélocité incontrôlée accumulée par la sortie de projection n’est pas du meilleur augure.

— Génial, on va s’écraser ?

— Prosaïquement ? Oui. Si le navire ne se disloque pas pendant la rentrée dans l’atmosphère. D’après mes calculs, à vue de nez, c’est mal engagé.

— Comment est l’angle de rentrée ?

— Là, comme ça ? Je crois que le vecteur serait assez proche de la tangente.

— On est mal.

— À qui le dis-tu. Bon, j’arrive te sortir de là, je pense que je dois pouvoir t’atteindre en un petit quart d’heure, ne bouge pas.

— Ton humour est décapant, Akula.

— Je n’essayais pas… Laisse tomber.

Quittant la passerelle aux commandes inutilisables, le jeune homme se hâte en direction de la salle des machines, suivant l’itinéraire emprunté par son associée, il parcourt les corridors à vive allure guettant le moindre indice d’une éventuelle capsule de sauvetage, mais il arrive à l’ingénierie sans en avoir croisé une seule. La pièce est dans un état déplorable, plusieurs traverses de soutien ont lâché sous les effets conjugués des pressions intenses du saut et de la supernova. La forme du scaphandre de la jeune femme émerge d’un amoncellement de débris divers. Toute cette partie de la cloison a été déformée et l’enchevêtrement de poutrelles métalliques semble avoir créé un affreux buisson artificiel de métal déformé et coincé.

— Pas de panique, Calgarius, une chose à la fois. Tayana ? Je suis arrivé et je te vois. Tu es toujours avec moi ?

         Elle agite un bout de pied qui émerge des débris pour souligner ses propos, au grand soulagement de son compagnon qui s’approche d’elle avec précaution, remagnétisant ses bottes afin de progresser avec une meilleur aisance.

— Jusqu’à la mort ! Tu vois, j’ai suivi tes instructions, je n’ai pas bougé.

— Génial, bon, de ce que je vois, je devrais pouvoir te dégager de là plutôt rapidement. Peux-tu me rassurer et me dire que ta combinaison n’a pas subi de dommages ?

— Je te rassure, je ne sais pas par quel miracle, mais je te rassure.

— Super, bon, heureusement que nous sommes toujours en apesanteur, ces poutrelles ont l’air de peser une tonne. Je vais essayer de te dégager, préviens-moi tout de suite si tu vois le moindre truc qui remue dangereusement dans ta direction.

— Comme quoi ?

— Je ne sais pas, un débris acéré prêt à percer ta combinaison, ou une connerie dans ce goût-là.

— Oh, tu ne parlais pas des fantômes de l’équipage, alors tout va bien. D’accord. Tu sais ce que tu fais au moins ?

— Si tu pouvais éviter ce genre d’humour douteux la prochaine fois. Évidemment que oui, je sais parfaitement ce que je fais. Je connais ce navire par cœur, je sais exactement comment tout ce merdier t’es tombé dessus, nous n’allons pas nous écraser sur une planète inhabitable, Eleanor n’est pas désintégrée et je ne panique pas du tout.

— Ce n’est pas drôle.

— Ce n’était pas censé l’être.

Examinant les débris d’un œil critique, le pilote réfléchit à la meilleure façon de dégager son amie avant l’issue fatale qui les attend. Activant sa torche à plasma, il s’attaque aux éléments les plus massifs afin de dégager son amie. Après plusieurs minutes de travail délicat, la pièce est emplie de fragments de métal découpés à la va-vite mais Tayana arrive à se dégager de sa prison. Celle-ci le gratifie d’un sourire reconnaissant.

— Et maintenant ?

— Et maintenant ? Nous trouvons un moyen de nous enfuir rapidement d’ici avant d’être transformés en purée incandescente.

— Merci pour les encouragements, Calg, j’avais vraiment besoin de ça.

— Je reste factuel. Est-ce qu’il reste de la puissance ? Est-ce qu’on peut espérer manœuvrer ce mastodonte ?

La jeune femme observe rapidement les écrans de contrôle avant de conclure au désastre total.

— Avec notre vélocité actuelle, nous ne pourrions pas éviter l’impact, même si nous le voulions très fort. Je suis navré, mais les générateurs principaux n’ont pas tenu le choc non plus, nous n’avons plus aucune source d’énergie capable d’alimenter les propulseurs de manœuvre, si tant est que nous en ayons eu suffisamment à un moment. Le projecteur de saut est hors service, de toute façon, son coffrage d’isolement a cédé.

— C’est super encourageant comme nouvelles, tu en as d’autres des comme ça ?

— Voyons voir ? Nous allons nous retrouver dans le noir complet dans moins de dix secondes parce que les réserves d’énergie sont totalement à sec.

— Et les vaisseaux légers que nous avons vu dans le hangar ?

— Tu te rappelles ? Il y a eu une explosion, le hangar entier a été transformé en mélasse de métal en fusion. Les radiations résiduelles doivent être juste mortelles… À part ça, je n’ai pas de contre-indication à ce que nous y allions… Ce sera probablement moins douloureux en ayant perdu connaissance.

— Tu n’aides pas, là, Tayana.

— Que veux-tu que je fasse ? Je suis informaticienne, technicienne, mécanicienne, pilote ! Mais je ne suis pas magicienne ! Toute cette technologie m’est inconnue ! Je n’ai que les traductions d’Eleanor qui… Attends une minute.

— Quoi ?

— Eleanor n’a pas pu télécharger dans nos wrister les dictionnaires de l’antiquum, c’est impossible. Par contre nous avons toujours l’affichage et je peux également identifier des éléments qui n’étaient pas en mémoire tampon avant.

— C’est-à-dire ?

— Eleanor ? Eleanor ! Répond ! Je sais que tu nous entends ! Eleanor ?

— Tayana…

— Non ! Tu ne comprends pas, Calg, si nous n’avons pas dans nos wristers les dictionnaires, ça veut dire que nous avons toujours une liaison data avec Eleanor. Elle est vivante ! Elle est là ! Je ne sais pas comment, mais elle est là !

— Tu te fous de moi ?

— J’ai l’air de me foutre de toi ? Allez, viens, il faut trouver un moyen de la contacter au plus vite.

— Mais, pourquoi ne répond-elle pas ?

— Je n’en sais rien, le saut lui a peut-être posé des difficultés, ou pire. Elle n’est peut-être pas en état de communiquer, aide-moi, éclaire un peu par ici. Je dois tenter quelque chose. Tiens, regarde ! Sur mon wrister, il y a une liaison montante, elle est là, quelque part. Peut-être aussi désemparée que nous.

— Tayana, qu’est-ce que je peux faire ?

— Rien pour le moment, à part m’éclairer, laisse-moi travailler.

— Tayana, nous n’avons vraiment pas beaucoup de temps.

— Je sais, maintenant ferme-là.

Se concentrant sur son wrister, Tayana se lance dans une série de manipulations et de commandes tandis qu’Akula observe avec angoisse son propre appareil et le chronomètre qui défile. Les secondes s’égrènent, rapprochant inexorablement les deux jeunes gens de l’entrée irréversible dans l’atmosphère ravagée de la planète d’origine de l’humanité. Les délicats algorithmes holographiques sur lesquels s’acharne l’informaticienne se déploient dans l’air ambiant, éclairés par le faisceau élargi de la torche du pilote tandis qu’elle les manipule avec la dextérité d’un chirurgien expérimenté. Autour d’eux, les débris de métal flottent avec indolence. Le visage tendu par la concentration et l’effort, elle ignore l’univers qui l’entoure toute occupée à sa tâche tandis que son compagnon, dévoré par l’inquiétude, ne peut s’empêcher de scruter avec appréhension le chronomètre qui défile sans arrêt.

Alors que le temps estimé est écoulé et que les secondes passée zéro s’accumulent, une vibration légère remonte le long des bottes magnétisées d’Akula. L’entrée dans l’atmosphère de la Terre semble commencer.

— Euh, Mik ? Je ne voudrais pas te demander de te hâter, mais…

— Je sais ! Je sais ! Je la sens aussi, j’y suis presque ! Elenanor ?

Seul le silence et quelques crépitements statiques répondent aux injonctions urgentes de la jeune femme, elle pousse un juron bien senti avant de se remettre frénétiquement au travail tandis que les trépidations de la coque s’intensifient.

— Eleanor ! Je sais que tu es là et que tu m’entends ! Eleanor !

Un grésillement puissant résonne dans leur casque avant que la voix espérée, calme en toute circonstance, ne retentisse dans les haut-parleurs.

— Tayana, je suis soulagée d’entendre votre voix, pouvez-vous me recevoir ?

— Oui ! Mik ! Tu es la meilleure ! Eleanor, je n’ai jamais été aussi heureux de savoir que tu es à nos côtés ! Comment tu as fait ? Non ! Oublie ça, il nous faut quitter le vaisseau le plus vite possible. Des suggestions ?

— Le navire a entamé une rentrée incontrôlée dans l’atmosphère de la Terre, votre trajectoire devrait vous emmener à plusieurs jours de marche au sud de la position indiquée par le plan affiché plus tôt dans la journée. Vous devriez pouvoir vous en rapprocher si vous preniez une nacelle de sauvetage ou trouviez un moyen de diriger l’épave.

— Oublie ça, c’est un vaisseau précurseur, il n’était pas censé recevoir d’équipage avant longtemps ! Nous n’avons pas trouvé de modules d’évacuations, nous n’avons aucune idée de l’endroit où se trouve un éventuel second hangar, il n’y a plus aucune puissance disponible. D’après Calgarius, cet engin aurait de toute façon été aussi manœuvrable qu’un tas de boulons inerte. D’autres suggestions ?

— Il vous faut trouver une zone sécurisée pour supporter l’impact. Je ne peux pas vous récupérer dans la situation actuelle.

— Pourquoi ?

— La déflagration du projecteur associée aux effets de la supernova ont généré un grand nombre de particules fantômes, plusieurs systèmes critiques du Disjoncteur ont été touchés et neutralisés, de nombreux processeurs mémoriels de mon architecture ont été désactivés. J’ai pu stabiliser mon orbite, ce n’est qu’une question de temps avant que je puisse récupérer l’intégralité de mes capacités. Néanmoins, tenter un sauvetage atmosphérique dans ma situation serait nous mettre tous en danger. Il n’y a plus aucun système de survie fonctionnel à bord et si vos combinaisons étaient touchées par des particules fantômes, je n’aurais aucun moyen de vous assurer un redémarrage rapide. Mes calculs indiquent avec une probabilité de Quatre-vingt-trois pour cents et douze centièmes que vous avez plus de chances de survivre à l’impact à bord de ce navire. Néanmoins, pour votre sécurité, je vous conseille de trouver un endroit abrité éloigné de la salle des machines ou des parois extérieures. D’après mes calculs, il faut s’attendre à une déformation importante de la coque avec dislocations multiples.

— Super ! Je suis rassuré ! Quel bonheur de te retrouver, Eleanor !

— Inutile de la charger plus, Calg, suivons ses recommandations. Eleanor temps estimé avant l’impact ?

— D’après votre vecteur d’approche, votre vélocité et les données recueillies sur l’atmosphère de la planète, l’impact devrait se produire d’ici huit minutes, cinquante-deux secondes et trois dizièmes. Transmission des informations à votre wrister. Je vous informe également que nous ne serons pas en mesure de maintenir un contact radio régulier, l’atmosphère de la Terre est très fortement perturbée et présente des anomalies electrostatiques susceptibles de provoquer des interférences durables sur votre position. De même, je suis incapable de maintenir une orbite géostationnaire tant que je n’ai pas résolu mes difficultés, aussi la fenêtre de communication sera-t-elle restreinte. Bonne chance.

— Merci, Formidable, franchement, j’adore ! Tout ça me manquait ! Bon, Mik, faut qu’on bouge avant de se faire écraser par tout ça. Rouilles et radiations, déjà en temps normal je déteste les rentrées atmosphériques… Alors là, c’est le pompon.

— Oui, allons-y.

Quittant la salle des machines encombrée, ils s’éloignent et se dirigent vers la section arrière du bâtiment, cherchant une salle où s’abriter, ils en éliminent plusieurs avant de poser leur choix sur une pièce de stockage vide ; refermant la porte derrière eux, ils activent le verrouillage magnétique de leur combinaison ainsi que les modules d’atterrissage d’urgence afin d’amortir la puissance de l’impact. Le champ de force de réduction se déploie doucement autours d’eux tandis que toutes les parois vibrent sous les tensions extrêmes qui sont en œuvre. Le chronomètre défile et le jeune homme serre les dents tandis que les minutes se rapprochent de zéro. Pour une fois, il aurait préféré que les calculs d’Eleanor ne soient pas aussi précis.

Deux minutes et dix secondes. La voix de Tayana résonne étrangement.

— Calgarius ?

         Deux minutes et cinq secondes.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— J’ai peur.

— Moi aussi, figure-toi.

         Une minute et cinquante-trois secondes.

— Tu sais, quand on a parlé. Avant le saut, de tout ça et que je te demandais si tu resterais avec moi jusqu’au bout ?

         Une minute et quarante-quatre secondes.

— Ouais, je me souviens. Quel est le souci ?

— Non, non. Aucun souci en particulier, je me demandais si tu étais sincère ou si tu avais juste dit ça pour me rassurer.

         Une minute et trente-quatre secondes.

— Totalement sincère. Je veux dire… on se supporte bien, moi je t’apprécie, on forme une bonne équipe, du coup, ça me paraît normal que je sois à tes côtés jusqu’au bout.

— Ensembles ?

— Oui, ensembles.

         Une minute et vingt-deux secondes.

— Calg ?

— Oui ?

— J’ai moins peur si je sais que tu es là, tu m’as appris beaucoup. Je suis persuadée qu’on va s’en sortir.

— J’ai aussi appris beaucoup à tes côtés. Moi aussi j’ai moins peur si je sais que tu es là à mes côtés. Si on s’en sort… Je veux dire, qu’on ne sait jamais… Je voudrais que tu saches que…

— Quoi donc ?

         Une minute et trois secondes.

— Je t’apprécie énormément ! Tu es différente de toutes les autres filles que j’ai pu rencontrer dans ma vie. Ces quelques mois passés ensemble ont été parfois difficiles, mais toujours intéressants et enrichissants. Tu m’as rendu meilleur que je ne l’étais. Sans compter que tu m’as offert l’opportunité que je n’osais pas saisir. Quitter la piraterie pour mener une vie honnête.

         Quarante-cinq secondes.

— Calg ?

— Mik ?

— Merci. J’avais peur d’être insupportable. Je sais que je n’ai pas un caractère facile. Entre Eleanor et moi… j’ai cru plusieurs fois que tu allais devenir fou. J’ai moi aussi appris beaucoup avec toi, je ne suis plus la gamine craintive des premiers jours. Tu m’as donné confiance en moi, tu m’as permis de retrouver ma mère et de lui offrir la paix. Je ne regrette pas un instant du temps qu’on a passé ensemble.

         Vingt-cinq secondes.

— Tayana ?

— Calgarius ?

— Si on s’en sorts vivants.

— Oui ?

— Je te fais la promesse de faire des efforts et d’améliorer mon caractère.

         Quinze secondes.

— C’est gentil. Même si j’imaginais autre chose.

— T’es marrante, toi, c’est pas facile pour moi de dire les choses.

         Dix secondes.

— Essaie simplement, sans réfléchir aux conséquences.

         Six secondes.

— Ouais, je… Rouille et radiations ! Je t’aime !

         Impact.

Le fracas terrifiant du métal déformé sous l’effet de l’atterrissage forcé, les grincements et les protestations des matériaux soumis à une tension terrifiante, le choc de l’impact s’interrompt soudain pour laisser place à un silence sepulcral seulement ponctué des craquements et des gémissements d’agonie de la coque éventrée. La violence de l’impact n’a pas épargné les deux compères qui, malgré le champ d’amortissement de leurs combinaisons, sont projetés contre les parois, le verrouillage magnétique de leurs scaphandres rendu inefficace par la brutalité et la force cinétique accumulée. Leurs silhouettes immobiles et inconscientes gisent sur le plafond retourné du vaisseau précurseur.

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