Le Disjoncteur S02E17 : Retrouvailles

13 h 52 standard, Système 61 Cygni

Tel deux flèches d’argent, les vaisseaux émergent de phase dans une explosion de lumière silencieuse à quelques centaines de milliers de kilomètres des étoiles jumelles du système 61 Cygni paressant silencieusement dans le vide stellaire piqueté d’étoiles lointaines. Dans le cockpit de la navette volée, la stupeur cède peu à peu la place à un soulagement visible.

— Nous avons survécu ?

— Il semblerait.

— Comment est-on arrivés là ? Je n’ai pas eu le temps de terminer le calcul des coordonnées de saut ?

Alors qu’ils contemplent le spectacle apaisant du système binaire dans lequel ils sont arrivés, Akula désigne à travers la verrière la silhouette rassurante du Disjoncteur qui s’approche en douceur de leur position.

— Je crois que j’en ai une vague idée, pas toi ?

— Je n’ai jamais été aussi heureuse de voir notre vaisseau.

Elle active la console de communication de la navette.

— Bounty 1 à Disjoncteur, répondez, Disjoncteur ?

— Disjoncteur à Bounty 1, avez-vous besoin d’assistance ?

— Eleanor ! Je n’ai jamais été aussi heureuse de te savoir avec nous. C’est toi qui ? Comment tu as fait ?

— J’ai appliqué une astuce proposée par Akula lors du sauvetage de Tolède, bien que la manœuvre m’ait exposée en plein jour, je dois reconnaître que c’est une technique de récupération très efficace, quand l’ordinateur de vol est coopératif.

— Eleanor, c’est Akula à l’inter, je suis fier de toi !

— Mes processeurs m’indiquent que la réponse appropriée est : Je suis heureuse de l’entendre.

— Ouais, c’est exactement ça. Je mets à l’arrêt tous les générateurs, parés pour l’abordage. Eleanor ? Nous ne disposons pas de scaphandres, il va falloir déployer le tube d’arrimage complet.

— Bien compris, j’étais déjà en possession de ces informations. Assujettissement de votre ordinateur de vol pour arrimage en cours. Veuillez désengager tous vos relais de navigation et patienter jusqu’à la complétion de la manœuvre. Disjoncteur, terminé.

— Merci, Eleanor. Bounty 1 terminé.

Poussant un immense soupir de soulagement, Akula passe une main dans ses cheveux et contemple le jeu des fusées de manœuvre du Disjoncteur qui s’allument et s’éteignent en un ballet hypnotique pour permettre aux deux vaisseaux de s’appairer et ainsi transférer les passagers en toute sécurité.

— On forme plutôt une bonne équipe, non ?

— Carrément, Mik. Carrément.

— J’espère que Scarlet a pu s’en sortir indemne.

— Pour ça, je lui fais confiance, elle a survécu à la Terre et vu le foutoir qu’on a laissé en partant, ça lui laisse pas mal de latitude.

— Pas faux. Calgarius ?

— Oui ?

— Tu réalises que nous touchons au but ?

— Je n’en suis pas tout à fait certain.

— Tu penses que nous avons encore beaucoup à faire ?

— Non, je pense surtout que je n’arrive pas à croire que nous soyons sortis de ce complexe en vie, avec le Disjoncteur à nos côtés. Pendant un moment, j’ai cru que tout ça allait très mal finir.

— Et moi donc. Tu sais quoi ? La première chose que je fais en montant à bord de notre vaisseau, c’est de prendre une douche !

— Ouais, effectivement, tu en as besoin… et moi aussi.

Le raclement des grappins d’abordage contre la carlingue fait trembler la coque de la navette avant de la stabiliser. Les deux évadés en profitent pour retirer leurs harnais de sûreté et s’approcher du sas qui ne va pas tarder à s’ouvrir. Quelques secondes plus tard, ils traversent l’ombilic de polymères transparent leur permettant de rejoindre leur vaisseau en toute sécurité. La porte du sas d’accès claque lourdement derrière eux alors que la navette est libérée de son étreinte d’acier, désemparée, elle commence alors une longue chute dans le puits de gravité des étoiles doubles, si elle n’est pas récupérée d’ici quelques jours, sa coque se consumera au contact de la couronne d’une des deux étoiles du système binaire.

Alors que les deux associés profitent d’un instant de répit dans la coursive principale du Disjoncteur, la voix sentencieuse d’Eleanor les interrompt sans ménagement.

— Alerte de proximité. Signatures de saut hyperphasique en cours de matérialisation. Recommandation : évasion par sauts successifs pour empêcher toute poursuite ultérieure.

— Recommandation notée, nous arrivons sur la passerelle immédiatement.

— Commandes en attente.

Les deux pilotes se précipitent vers le cockpit du Disjoncteur où, malgré l’urgence de la situation, le retour au poste de chacun leur offre un fugace sentiment de sécurité. Les harnais de protection glissent dans leurs emplacements alors que les consoles reviennent à la vie.

— Salut, beautés, vous savez que vous m’avez manqué ?

— Akula, je pourrais être un peu jalouse, là.

— Tu n’as qu’à parler à tes consoles aussi… Situation ?

— Douze chasseurs en approche rapide viennent de se dématérialiser, distance quinze mille kilomètres, allure plus cent, assiette moins huit, azimut cent trente-huit. Temps d’interception estimé, trente-quatre secondes et 7 dixièmes.

— Tu ne vas pas t’y mettre aussi ?

— Pourquoi pas, si ça peut me permettre d’avoir des compliments de ta part…

— On peut en discuter plus tard ?

— J’attends ça avec impatience.

Activant les propulseurs, Calgarius fait plonger le Disjoncteur vers les étoiles du système.

— Alerte de proximité ! Nouvelle rematérialisation ! Identification Kappa-Zéro-Thêta-Thêta ! C’est le Rhodium ! Distance trois mille kilomètres, assiette plus trente, azimut quatre-vingt-huit !

— T’inquiète.

— Akula, votre trajectoire va nous faire frôler la couronne de 61 Cygni A, je recommande une trajectoire d’évitement.

— Et perdre une opportunité pareille ? Même pas en rêve ! Faites-moi confiance les filles, je connais le capitaine du Rhodium, il ne risquera pas sa précieuse coque si près de ces étoiles.

— Alerte de proximité ! Le Rhodium vient d’ouvrir le feu ! Missiles en approche ! Alerte acquisition ! Trois mille kilomètres ! Vitesse plus cent quatre-vingt ! Douze têtes de classe inconnue, Akula c’est du matériel de grade militaire ! Estimation d’impact dans sept secondes !

— Accrochez-vous ! Eleanor, toute la puissance aux propulseurs, outrepasse les commandes de sécurité de bridage.

— Akula, une telle modification va inonder l’ensemble du vaisseau de rayonnement corpusculaire directement ionisant, les taux de radiation peuvent déclencher…

— Ferme-la et obéis !

— Je me dois de…

— Cinq secondes !

— Eleanor, c’est ça ou nous sommes morts !

— Commandes de sécurité outrepassée, surcadençage des générateurs, puissance disponible en augmentation.

— Toute la puissance aux propulseurs !

— Akula…

— Eleanor ! C’est un ordre !

— Toute puissance aux propulseurs.

Bondissant dans l’espace, les quatre tuyères du Disjoncteur propulsent le vaisseau vers la couronne de l’étoile 61 Cygni A laissant loin derrière le Rhodium et ses chasseurs ainsi que les missiles tirés dans leur direction. Quelques minutes plus tard, après avoir profité de l’appui gravitationnel de l’étoile pour accélérer encore et masquer leur présence aux poursuivants à la faveur de l’ombre de la naine rouge, ils sautent en direction d’une nouvelle destination hors de portée de leurs adversaires.

Après avoir procédé au bond spatial, Eleanor lance la procédure de décontamination de la coque tandis que Calgarius et Tayana retournent à l’infirmerie de bord afin d’appliquer les traitements destinés à purger leurs corps des effets de l’irradiation soudaine.

— Franchement, si tu ne voulais pas d’enfant, suffisait de le dire.

— Comment ? Mais pas du tout… C’était ça ou être vaporisés par les vampires du Rhodium. Comment ont-ils mis la main sur un truc pareil ?

— Aucune idée, mais je pense qu’il serait sage de les éviter pendant un moment et surtout, j’apprécierais de ne plus me faire irradier.

— Ouais, je te comprends.

* * *

Décontaminés, changés et fraîchement douchés, les deux associés pénètrent dans la soute du Disjoncteur où repose l’hirondelle des enfers. L’éclairage cru met en valeur les lignes effilées et menaçantes du chasseur lourd. Plusieurs panneaux de coque sont grands ouverts et laissent apparaître les composants internes du vaisseau en cours de réfection. Calgarius siffle, admiratif.

— Tu vois, je ne fais pas que dormir pendant mon temps libre.

— Oui, ça, je sais bien, mais il n’empêche que tu as fait un super boulot. Elle peut voler ?

— Pas encore, j’ai retiré quelques vieux composants abîmés, il me faudra encore une centaine d’heures de travail pour terminer les réparations, ajuster les interfaces avec mon… Overwatch et m’assurer que tout fonctionne correctement.

— Tu ne veux pas le confier à un atelier spécialisé ?

— Jamais de la vie, j’aime faire les choses moi-même.

— Pourtant, Eleanor a déjà passé du temps en atelier.

— Ce n’est pas la même chose, elle peut aisément envoyer quelques décharges bien senties le long de sa coque pour rappeler aux mécanos de faire correctement leur travail.

— Mikado, je me dois de protester, cette procédure met en danger la vie d’éventuels agents chargés de mes réparations. Une surprise pourrait leur faire perdre l’équilibre et risquer de les faire chuter.

— Mais tu l’as déjà fait.

— Seulement pour les circuits internes.

— Tu vois, elle sait se débrouiller toute seule pour se faire respecter. Quant à l’Hirondelle, je te jure que je n’ai pas imaginé un instant qu’il pouvait y avoir un compartiment secret.

Souriant narquoisement à son équipière, le pilote la dévisage avec facétie.

— Un chasseur lourd pirate, modifié comme il l’est, tu n’imaginais pas de compartiments secrets ?

— Enfin… Si, peut-être, quelques-uns, mais même en cherchant, je n’ai rien trouvé…

— Mécano de génie, mais tu manques un peu d’expérience avec les confréries. Il y a toujours des compartiments secrets et la plupart du temps, nous nous arrangeons pour qu’ils soient imperméables aux senseurs. Après toi.

Les deux associés entrent dans l’habitacle du vaisseau qui revient à la vie, laissant apparaître des entrelacs de câbles et de dérivations tissant une toile compliquée digne d’une araignée des cavernes centauriennes qui aurait perdu les pédales.

— Je comprends mieux tes réticences à la faire voler tout de suite.

— Tu n’imagines pas le nombre de circuits que j’ai dû modifier pour permettre un interfaçage énergétique correct, sans compter les ajustements pour qu’Overwatch ait accès aux commandes du chasseur.

— Tu veux dire qu’il pourrait voler tout seul ? Comme Eleanor ?

— Akula, un tel postulat pourrait être considéré comme vexant.

— Non, Calg, loin de là. Par contre, il peut fournir une assistance excessivement efficiente à tel point que le pilote pourrait avoir l’impression de ne plus rien avoir à faire.

— D’accord, mais tu me rangeras ce bazar quand même ?

— Rassure-toi, Scarlet ne se rendra même pas compte que j’ai touché à son précieux.

— Je ne pensais pas à ça.

— C’est une simple image, bon si tu me montrais enfin où se trouve ce compartiment secret ?

— Juste là.

S’approchant de la console de pilotage, il se penche sous le boîtier pour trouver un cliquet manuel dans un claquement sonore dévoilant une cavité peu profonde dans la paroi du chasseur.

— Et voilà le travail.

— Celle-là, je ne l’aurais pas imaginée…

— Les pirates sont pleins d’imagination pour planquer des trucs. Bon, voyons voir ce qu’il y a là-dedans.

— Regarde, Calg ! C’est le wrister de Scarlet.

— Espérons que tout ça en vaille le coup.

— Tu l’as dit.

— Retournons dans le carré, nous aurons plus de place et j’en profiterais pour prendre un café.

— Excellente idée. Eleanor ? Pourrais-tu nous préparer deux poches de café ?

— En cours de composition, votre commande sera prête dans huit secondes, six dixièmes.

Après avoir quitté la soute, munis du précieux sésame, le duo s’installe dans le carré pour profiter d’un espace de travail tranquille. Exhibant la fameuse puce dans un geste théâtral, Calgarius la tend à Tayana dans une pseudo-révérence en impesanteur ayant pour effet de l’envoyer planer vers le plafond de la pièce exiguë. L’odeur de café chaud fraîchement coulé et les éclats de rire réconfortent les deux amis et après quelques pitreries supplémentaires destinées à dissiper la tension, ils s’attaquent à l’activation du wrister de Scarlet.

— Alors ? Qu’est-ce que ça donne ?

La mine grave, Tayana dévisage sombrement son compagnon, celui-ci pâlit un peu alors qu’elle garde le silence.

— Tayana ?

— Il est verrouillé.

— Comment ça ? Verrouillé.

— Comme ça, verrouillé. Veuillez entrer le mot de passe.

— C’est une blague ?

— J’ai l’air de vouloir te faire une blague ?

— Tu veux dire…

— Qu’à moins que tu ne connaisses le mot de passe, il va falloir retourner sur Terre.

— C’est un gag, c’est ça ? Un gag immonde… Retourner sur Terre ? Impossible, ça doit être un bazar sans nom là-bas, en plus, Scarlet doit en avoir profité pour mettre les voiles à toute blinde.

— Probable. Une idée sur sa destination ?

— Franchement, ce ne serait pas plus simple de… je ne sais pas moi, craquer le mot de passe ? Forcer le logiciel ? Dites, vous êtes censées être de super cracks en informatique et en programmation, ne me dites pas qu’un stupide mot de passe vous arrête.

— Sur le principe, oui, sauf que si je comprends bien ce qui est marqué ici, la troisième erreur provoquera une surcharge fatale du système principal, ce qui le rendra inutilisable. Eleanor ? Ton analyse ?

— Je vous confirme que l’analyse est correcte, en cas de troisième erreur successive, le wrister sera inutilisable.

— C’est formidable. Comment on fait ?

— Je ne sais pas, Eleanor, est-ce que tu as accès à des éléments complémentaires ?

— J’ai pu étudier quelques données de cryptage du mot de passe, je peux vous affirmer qu’il s’agit de caractères simples, d’un code non fractionnel et qu’il se compose de dix caractères. Il s’agit probablement d’un mot spécifique, quelque chose qui représente beaucoup pour elle.

— Génial, dix caractères ? Acchab ? Non, seulement six caractères. Rhodium ? À peine mieux, sept. Une idée géniale ?

— Aucune idée, c’est ta grand-mère, pas la mienne… Qu’est-ce qui lui tenait à cœur ?

— Sa vie, son chasseur… Hirondelle ! C’est sûrement ça, dix caractères, vas-y je suis certain que c’est ça !

— Bon, si tu es certain, Calg. J’entre le code : H I R O N D E L L E

Une voix funeste retentit dans la pièce, son ton narquois semble se moquer des chasseurs de prime.

— Mot de passe erroné, veuillez réessayer, il vous reste deux tentatives avant la destruction de cet appareil.

— D’accord, tu as une autre idée ?

Akula hausse les épaules, sur son visage se lit une déception à la hauteur de sa certitude.

— Ben comme ça, je ne vois pas… Tolède, c’est seulement six caractères… Eleanor ? Tu peux me confirmer que la casse n’a pas besoin d’être respectée ?

— Je vous confirme que mes analyses font état d’une probabilité importante pour que la casse n’ait pas d’incidence.

— Dommage, pas une histoire de majuscule alors…

— Désolée.

— Pas de soucis, Eleanor, ça valait le coup d’essayer. Bon, Scarlet aimait son chasseur, mais ce n’est pas l’Hirondelle, je doute beaucoup que ce soit le nom de famille, de toute façon, Bargelo, c’est seulement sept caractères… Lothar, rien de mieux, le surnom de chasse de ma mère, Népenthès, neuf caractères, son prénom, pareil, son nom de famille, toujours pareil, quelles autres pistes avons-nous ?

— Toi ?

— Moi ? Tu plaisantes, de toute façon, ça ne marche pas, Calgarius contient seulement neuf caractères.

— Calg ?

— Quoi ?

— Qui t’as donné ton surnom ?

— Akula ? C’est moi qui l’aie choisi, pourquoi ?

— Pas celui-là… L’autre.

— Quel autre ? Ha non ! Pas question…

— Dix caractères…

— Mais elle ne m’appréciait pas plus que ça… Je représentais un cauchemar pour elle, constamment sous sa surveillance, constamment à me couver du regard, va t’entraîner par-ci, suis les procédures par-là, et que je te colle deux mornifles parce que tu n’as pas fait gaffe à ton senseur arrière, et que…

— Code accepté, déverrouillage en cours, veuillez patienter.

Le visage du pilote se fige un instant tandis que le sourire satisfait de Tayana le nargue avec un certain orgueil.

— Comment tu as fait ?

— Dix caractères : C A L G U I C H O U, mot compte triple, là, non ?

— Tu te fous de moi… Tu as utilisé un programme, tu me fais marcher.

— Non, tu vois finalement quelqu’un de ta famille t’aime bien.

— Mes parents aussi m’aiment bien, ils m’aiment tellement qu’ils ont mis une prime sur ma tête.

— Prends-le comme une marque honorifique.

— Génial…

— Eleanor, j’insère la puce de données dans le wrister, peux-tu te connecter ?

— Je suis connectée au module de mémoire de l’appareil, la transcription des éléments suit un schéma complexe, il faudra quelques heures de travail pour analyser et décoder l’ensemble grâce à la clef de décryptage enregistrée dans le wrister de Scarlet. Je vous recommande une sieste réparatrice.

— Mais tu nous réveilles dès que tu as les informations ?

— Je vous assure que oui.

— Alors je crois que je vais suivre ta suggestion.

Tayana s’étire en étouffant un puissant bâillement.

— Je crois que je vais faire pareil.

— Souhaitez-vous que j’active le mode intimité ?

— Eleanor, franchement…

— Akula, je vous informe que votre taux de dopamine est vingt-deux pour cents supérieur aux chiffres habituels lorsque vous êtes en présence de Mikado.

— Mais ? Et alors ? Qu’est-ce que ça signifie ?

— Que vous appréciez particulièrement sa compagnie.

— Et alors ? Je veux dire, si ça se trouve, elle, non, enfin, c’est quoi cette conclusion de processeur ravagé ? Va falloir que tu calmes tes puces là…

— Ma conclusion est basée sur un faisceau de présomptions et les probabilités que ma conclusion soit exacte sont de quatre-vingt-treize pour cent.

— Vas-y, envoie donc tes présomptions…

— Avant votre départ du Disjoncteur, vos taux d’adrénaline et de dopamine étaient normaux en la présence l’un de l’autre. Depuis votre retour, chaque fois que vous êtes en contact direct, ces taux subissent une hausse rapide significative entre six et vingt-sept pour cent, j’ai également noté une hausse de la température corporelle pour chacun d’entre vous dans les périodes de ce que vous appelez traditionnellement, des silences gênants, ce qui peut signifier une confusion plus importante qu’à l’accoutumée. Votre tension artérielle elle-même est…

— D’accord, ça suffit, qu’en conclues-tu ?

— Que quelque chose s’est passé pendant votre absence sur l’Obéron ou sur Terre.

— D’accord et si c’était le cas ?

— Un tel événement mériterait d’être célébré dignement lors de votre retour à bord. Je note également un accroissement des flux sanguins dans certaines zones…

La voix de Tayana résonne soudainement.

— OK, on va arrêter le tir immédiatement, cette histoire va devenir malsaine. Calgarius, vient ici, Eleanor, boucle-la. Nous allons tous oublier ce qui vient de se passer. Toi tu t’occupes de tes algorithmes et toi, tu vas te coucher au lieu de sourire aussi stupidement qu’une méduse d’Androvir.

— Concernant le mode intimité…

La voix de Tayana se fait soudain glaciale, son ton sourd laisse planer la menace d’atroces sévices informatiques à venir.

— Eleanor ?

— Compris, mes algorithmes…

— Merci.

Copyright © 2018 Lysere. All Rights Reserved.