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Le doute, serpent de mer de la création artistique

Non, parce que si j’avais mis une majuscule à création, je me serai fait incendier façon bûcher et hérésie… Hum, bref, passons mes amis, passons.

Le doute hante l'artiste, l'écrivain également

L’esprit créatif fait face à de nombreux dilemmes et conflits tout au long du processus créatif et globalement, un peu partout. Cet article, bien qu’orienté sur les problèmes liés à l’écriture pourra peut-être, ami lecteur, te donner des pistes de résolution plus générale.

À mon sens, l’adversaire le plus coriace, ton détracteur le plus agressif et le plus acharné sera toujours la même personne : Toi. Inutile de me remercier pour cette révélation, j’enfonce une porte ouverte, c’est ma spécialité. Cet article, vous l’aurez deviné, ne parle pas de toi ou de moi, mais de nous tous et du point commun que nous avons tous ensemble (du moins je l’espère) : Le doute.

Le doute, qu’est-ce que c’est ? D’après Wikipédia ça peut être plein de choses, j’aborderai le doute sous sa définition intime et psychologique.

Je cite et j’en profite pour mettre en gras ce qui est important  mes yeux :

Le doute premier, c’est le doute sur soi. Sentiment de se fourvoyer, dont on ne peut ni donner la preuve ni la cause, et qui échappe à l’analyse. Le doute est une intuition déstabilisante, une série de questions sur les fondements, série qui s’alimente d’elle-même. Le doute personnel, bien antérieur au doute scientifique, est douloureux en ce qu’il est réflexif : le doute scientifique s’exerce sur des idées émises par d’autres, le doute intime sape obligatoirement la confiance, il influe sur le quotidien, sur la justesse des gestes, d’un travail ou d’un mot. En général, les humains le détestent, car il fait entrer l’être dans un cycle instable, et dangereux. En même temps, dans la mesure où un être est capable d’évoluer, le doute est le compagnon obligatoire de cette évolution : sans question sur les certitudes de l’être, il ne peut y avoir aucune motivation, aucune critique digne… Le doute est alors le lieu même de l’épreuve qu’est une évolution personnelle.

En voilà une belle définition livresque…

Revenons donc à notre préoccupation principale, quand tu décides de créer (oui, j’ai choisi de te tutoyer, je suis comme ça moi, je varie les plaisirs) tu te retrouves face à toi-même, tout ce qui te définit va te tomber sur le paletot et il ne te restera alors que tes yeux pour pleurer si tu n’es pas prêt à résister à la déferlante. Tu vas avancer sur ton projet la fleur au fusil, et tout d’un coup, pour une raison ou une autre, tu te mettras à douter, tu reviendras en arrière, puis tu tourneras en rond, façon poulet sans tête avant de t’effondrer en hurlant, roulé en boule sous ta couette, prostré pendant des jours avec mille horreurs qui te martèlent le crâne. D’accord, quand je doute ça ressemble un peu à ce que j’ai envie de faire, pas de bol, j’ai un travail qui me fait beaucoup douter, du coup, au bureau j’ai du mal à ramener ma couette, les collègues vont croire que je ne suis pas sérieux…

D’accord, nous avons vu la manifestation du doute chez moi, je suis certain que toi aussi ami lecteur tu as des tas de façons d’exprimer ton doute. Tu te ronges les ongles, tu t’arraches les cheveux, tu peux aussi hurler ton doute en public ou le garder bien au chaud dans ton petit être, tu as envie de te noyer dans l’alcool ou les substances joyeusogènes (oui, je sais, ça n’existe pas, mais j’aime bien moi…) Mais le doute, il vient d’où ?

Le doute : les origines (pas un titre de film ça ?)

Donc le doute, le doute peut avoir deux origines générales, il peut être auto-induit ou provenir de causes extérieures.

Les causes intérieures sont liées à l’évolution et à la maturation du projet, souvent à l’occasion d’une relecture. Tu prends du recul et tu te rends compte que tu n’arrives plus à avoir confiance en ton travail, par la même occasion, en toi-même. Le problème, c’est que si comme moi tu as passé trois ans sur un projet et qu’à l’occasion d’une relecture tu te dis, non ça va pas, c’est mauvais, il faut tout réécrire… L’effet est dévastateur. Le doute est alors auto-induit par l’auteur lui-même, cercle vicieux, ce n’est plus de la critique constructive, mais un suicide artistique en règle. Comment croire en son œuvre et par conséquent en soi même si l’on doute de la pertinence de chacun de ses choix ? Ce type de doute est le plus mortifère, mais également, nous le verrons plus tard, le plus bénéfique. Abordons maintenant les origines extérieures du doute. Le doute provient également du regard de l’autre, que ce soit par la peur de montrer son travail, ou parce que les premiers échos sont mauvais, voire carrément malveillants. Dans ce cas, les conséquences sont aussi dévastatrices sur le travail de l’auteur, mais en plus, non contentes de venir dégommer le projet en beauté, l’auteur peut perdre confiance en lui au sujet de son lectorat.

J’ai donc brièvement évoqué les deux types de causes du doute, celles-ci n’ont au final qu’une seule conséquence meurtrière, inhiber ta créativité. Pour résumer grossièrement, ton cerveau gauche tue ton cerveau droit au nom du sacro-saint doute existentiel. Je noircis le trait, mais c’est ma conviction.

D’accord, c’est bien beau tout ça, mais quelles sont les conséquences ?

Excellente question cher lectorat, le corollaire dépend complètement de l’individu qui doute. Je ne m’adresse pas aux personnes qui ne sont jamais sujettes au problème abordé, je m’adresse à toi qui doutes, qui titubes, qui trébuches sur cette épineuse question. Écrivain ? Écrit vain ? (Je ferais un autre article sur la question plus tard.) Jamais un titre ou une fonction n’a défini de manière plus homonyme une mission.

J’entends dans l’oreillette que tu veux connaître les conséquences du doute. D’accord, tu dois connaître les tiennes de conséquences, laisse-moi te parler des miennes et de celles que je connais par la conversation avec les personnes qui m’entourent.

Le doute peut provoquer l’abandon pur et simple d’un projet, voire son oblitération complète. Il peut également induire la fameuse panne de l’écrivain (la page blanche qui a de nombreuses autres causes, mais le doute en est une belle de raison) les autres conséquences peuvent être plus insidieuses. La perte de confiance en soi peut saborder le projet, le faire traîner en longueur, pousser l’artiste à remettre en cause chaque choix effectué à l’origine, par ce doute, une œuvre peut être totalement sabotée ou encore ne jamais voir le jour, l’auteur étant alors le seul point d’origine du problème. Le doute néanmoins, à petites doses, est parfaitement salutaire pour tous. Il nous permet de remettre en question notre travail, briser nos certitudes, nous encourage à aller au-delà de nos limites. Si je doute d’un personnage, de son caractère, son passé, ou quoi que ce soit d’autre, je vais creuser, chercher ce qui me gêne, traquer les incohérences, oui, je vais mettre en suspens mon travail pour trouver l’origine, mais je ne vais pas tout faire tomber uniquement parce que je doute de quelque chose. La procrastination est un mal bien français et trouve son origine dans le doute. Écrire ou créer uniquement quand tu es certain de quelque chose est une aberration. Même en écrivant un guide touristique, il est possible de douter du bien-fondé d’une impression, d’un commentaire ou d’un avis. Ne parlons pas des manuels techniques et des recueils scientifiques, c’est un autre problème. Attendre la certitude absolue que chaque mot est bien à sa place, sans aucun risque d’ambiguïté, c’est la garantie ultime de ne jamais aller au bout. Il est possible d’être perfectionniste, paranoïaque quant à l’erreur, mais le doute nous permet d’avancer. Sans lui, tout est figé. Le doute permet donc la remise en question et le dépassement de nos limites. Tiens, cette phrase, ne vient-elle pas d’ailleurs, je vais faire des recherches, vérifier mes sources, pour lutter contre un éventuel risque de plagiat ou de reprise d’une histoire que j’ai lue il y a longtemps.

Voilà pour le doute et ses conséquences, en résumé, le doute peut te paralyser, te pousser à massacrer ton propre travail voire l’abandonner purement et simplement, mais le doute va aussi t’ouvrir de nouvelles possibilités en te permettant de te poser des questions.

Bon d’accord, il y a le bon et le mauvais doute, mais comment je fais la différence ?

Si l’on n’y regarde pas de très près, c’est un peu le bon et le mauvais chasseur.

Le bon doute, tu mets en suspens, tu fais des recherches, tu reportes, tu reformules, etc.

Le mauvais doute, tu mets en suspens, tu fais des recherches, tu reportes, tu reformules, etc.

Dans un cas, c’est positif, dans le second c’est négatif. Mais en y regardant de plus près, viens, approche-toi, je te donne ma loupe si tu veux. La nuance ? C’est la peur. Voilà, j’ai lâché le mot. La peur, cher lectorat, celle qui te paralyse, celle qui te pousse à ne pas vouloir mal faire, et du coup à ne pas faire.

Frank Herbert dans son excellente série originale Dune a écrit :

Je ne connaîtrai pas la peur, car la peur tue l’esprit. La peur est la petite mort qui conduit à l’oblitération totale. J’affronterai ma peur. Je lui permettrai de passer sur moi, au travers de moi. Et lorsqu’elle sera passée, je tournerai mon œil intérieur sur son chemin. Et là où elle sera passée, il n’y aura plus rien. Rien que moi.

La peur est au doute ce que l’âpreté est à l’âcreté. Deux notions proches, mais différentes. Le mauvais doute est lié à la peur, le bon à la volonté de mieux faire.

Comment lutter contre le doute (qu’il soit bon ou mauvais) encore une fois, tout dépend de toi et de ton caractère, je ne peux hélas que te donner les trucs et astuces qui me concernent et qui fonctionnent pour moi.

Tout d’abord, bien t’entourer, créer est une activité atrocement ingrate, si elle exige une certaine forme de sérénité et d’isolement, il faut savoir prendre du recul. La meilleure façon de s’assurer de ne pas faire fausse route est de présenter son travail, même imparfait ou incomplet à un autre œil bienveillant. Attention, ne me fais pas dire ce que je n’ai pas écrit. Bienveillant ne signifie pas hypocrite et bête. La personne qui va poser son regard sur ton travail peut ne pas aimer ce qu’elle va voir, elle peut également ne pas trouver de qualités au projet, mais elle va donner un avis impartial, loin de l’enthousiasme de petit chien de certaines personnes. Que leurs avis soient bons ou mauvais, de telles personnes sont plus précieuses que tout l’or du monde. Elles n’essaieront pas de juger le travail, mais de te proposer des pistes d’amélioration continue. Ces gens sont la crème de la crème, car ils te pousseront à constamment t’améliorer. En ce qui me concerne, je présente tous mes textes à mon épouse, qui si amoureuse soit-elle, sait parfaitement me remettre à ma place lorsque j’écris n’importe quoi. Si vous trouvez de telles personnes, harponnez-le, ne les laissez pas partir. Bien sûr, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse et chercher à plaire à des gens qui n’aiment simplement pas ce que vous faites. Cela n’a strictement aucune sorte d’intérêt.

Voilà, s’entourer c’est la clef. Pourquoi ? Parce que si vous avez ce regard extérieur bienveillant, c’est en règle générale une personne qui souhaite vous voir réussir, il ou elle donnera son temps sans compter, parfois au mépris éventuel d’autres obligations. Vous pourrez vous ouvrir sans crainte auprès de cette personne, lui exprimer vos propres doutes, vous pourrez en discuter ensemble et surmonter ces difficultés. Chacun de vous en ressortira grandi.

Toutes les autres techniques pour lutter contre le doute sont peut-être de bonnes options à court terme, mais aucune d’entre elles ne remplacera jamais une personne qui vous épaulera sur un projet parce qu’il ou elle y croira. Cette personne croira en vous et mettra toute son énergie pour vous encourager à aller plus loin.

En résumé, il n’y a pas de solution toute faite au doute, celui-ci est inhérent et nécessaire à la création artistique, quelle qu’elle soit, mais il est possible de contrer celui qui nous fait reculer en nous entourant de gens qui croient en nous. Pas ceux qui vont nous vouer aux gémonies juste pour se faire bien voir, pas ceux qui nous descendront en flamme par jalousie ou toute autre raison mesquine, juste ceux qui veulent nous voir réussir parce que nous avons tous le droit d’avoir un rêve et de le partager au travers d’une création artistique.

Cet article est dédié à tous ceux et toutes celles qui confondent le doute et la peur au sujet de faire ou de ne pas faire. Les seuls qui ne se plantent jamais sont ceux qui ne font rien.

Prenez des risques, foncez, rêvez et faites rêver.

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