Ouais, je vais écrire un livre… Mais comment on fait ça, écrire un livre ?

C’est une excellente question, et malgré tout ce que l’on peut dire sur le sujet, il y a une chose de sûre, aucune recette parfaite n’existe pour écrire un livre. C’est un mélange de style, de connaissances et d’instinct. Lorsque je choisi d’écrire sur un sujet, celui-ci me prend aux tripes, je ne vais jamais écrire sur un sujet qui me gonfle

ça c'est un sujet qui m'a gonflé : résultat je me suis dispersé et mon esprit s'est envolé

Le projet qui ne me convainc pas n’aura pas mon approbation, et alors comment rendre quelque chose qui me satisfasse si déjà au départ ça ne me plaisait pas ? Donc, pour écrire un livre, il faut commencer par un projet qui plaît quelque chose que l’on trouve inspirant. Il est possible de s’exprimer sur tout et n’importe quoi, la seule limite, c’est notre imagination. Même un sujet qui peut paraître aride, stérile et tout à fait inintéressant pour une personne peut être passionnant et traité de façon agréable par un autre. Il suffit de voir la quantité d’ouvrages disponibles en passant le pas de la porte d’une librairie. Je vous invite d’ailleurs à y faire un tour, ce genre d’endroit est tout à fait propice à la découverte d’une ou plusieurs pépites littéraires (parfois il s’agit d’une mine d’or et alors tout d’un coup on se sent particulièrement lourd, surtout avant de passer à la caisse… Mais ceci est une autre histoire) Bref, vous avez une idée, un projet, bon, parfait, le premier truc, c’est de ne pas la lâcher. Vous vous y accrochez comme… Comme, je ne sais pas moi… Comme un chewing-gum sous une chaussure. Vous ne lâchez rien et vous la gardez pour vous. Pour ne pas la perdre, j’essaie du toujours avoir de quoi écrire sur moi, un petit calepin, un stylo dans une poche de veste, de chemise ou de pantalon. Comment ? Vous n’avez jamais de poches ? Mais où mettez-vous donc votre portefeuille pour acheter vos livres ? Comment ? Je ne veux pas le savoir ? Vous avez parfaitement raison, je ne veux pas le savoir, mais si vous arrivez à y mettre votre portefeuille, vous arrivez peut-être à y rajouter un calepin et un stylo.

Qu'alliez-vous donc imaginer ? Si vous n'avez pas de poches, vous avec un sac

Pourquoi garder à portée de main de quoi écrire ? Parce que j’ai une mémoire abominable, un truc qui ressemble à une passoire incroyable, vous connaissez le tonneau des Danaïdes ? Ben ma tête c’est pareil, elle est géniale pour retenir des savoirs complètements inutiles, mais pour ce qui est des trucs vraiment nécessaires… Je ne sais pas… ça veut pas et ça coule par les oreilles. Bon, j’arrête avec mes problèmes de mémoire, mais il est vrai que je trouve excessivement pratique de pouvoir garder une trace de mes pensées (lieu, date, heure, temps du jour, citation ou idée) C’est utile aussi pour marquer une bonne réplique ou une bonne blague que quelqu’un aura raconté, des fois, des choses qui peuvent paraître anodines sont dites dans les moments les plus aberrants. Il m’est déjà arrivé, en écoutant la radio dans la voiture d’entendre une réflexion toute simple mais que j’ai trouvée géniale, du coup j’ai un peu pleuré parce que le temps de trouver une place de stationnement et de sortir mon calepin, ben c’était fini, j’avais oublié et je n’allais pas appeler le standard pour lui demander de répéter… Quoi que, la prochaine fois j’envisagerai peut-être.

Donc ça y ‘est vous avez eu votre idée géniale et vous vous y accrochez, vous prenez des notes de tout, sur tout et vous avez des dossiers et des ragots plein les poches dans vos petits calepins que vous monnayez à prix d’or auprès de vos collègues ? Il est temps de vous mettre à écrire. Ha ben non, ce n’est pas sûr. Comment ça me direz-vous ? J’ai mon idée et un petit calepin et je ne pourrais pas commencer à écrire mon livre ?

Ma réponse va vous étonner : « ben ça dépend un peu… »

Mais de quoi est-ce que ça peut bien dépendre ?

Tout simplement de votre degré de maîtrise du sujet. Admettons que vous aviez une idée génial une intrigue sur un domaine que vous connaissez sur le bout des doigts, bon c’est souvent le cas, mais admettons. Dans ce cas, vous pouvez passer à l’étape suivante. Pour tous les autres, suivez le fou.

Bon, ceci est une étape facultative mais néanmoins hautement importante quand quelqu’un décide d’écrire un livre sur un sujet quelconque. Quand j’écris quelconque, ne le prenez pas mal, ça veut juste dire, n’importe quel sujet. La recherche. Eh bien oui, il est à mon sens, impossible d’écrire un livre ou une histoire sur un sujet que l’on maîtrise mal. Pourquoi ?

Le premier risque c’est :

« Tient, mais j’ai déjà lu un truc qui y ressemble…

— Mais non, ce n’est pas possible c’est une création originale.

— Mais si, attend, là ton héro il va faire ça, et puis le méchant il va réagir comme ça, et puis ton héro il va lui casser les dents et emballer la princesse etc.

— mais comment tu le sais ?

— Ha ben c’est l’intrigue du dernier film de bidule là, j’ai lu le spoiler sur le site de l’Odieux connard il y a quelques mois. »

Voilà, donc, vous l’aurez compris, le premier risque, même avec la meilleure volonté du monde, c’est le plagiat, vous aurez beau ne pas faire exprès et vous en défendre, si vos lecteurs se mettent à deviner la fin dès les premiers chapitres, vous avez probablement manqué votre coup. En tout cas, pour ma part, un livre où je peux deviner la fin avant qu’elle arrive vraiment, je trouve que c’est triste et gâchis. Vous avez le droit de me dire si vous arrivez à deviner la fin des miens, je vous promets que je mange le manuscrit original devant vous et je vous paie le billet aller-retour pour venir m’observer le manger. Cette offre ne concerne que mes lecteurs tests, les autres ce n’est pas la peine d’espérer, je ne vous croirais pas parce que je suis de mauvaise foi. Non mais.

Le second risque vient d’être abordé à travers le plagiat, c’est l’intrigue cousue de fil blanc. Rien n’est plus détestable pour moi que de lire un livre ou je sais ce qu’il va se passer entre trois et huit chapitres avant, je m’explique avant de me faire lyncher : Si un livre fait trente chapitres et qu’au chapitre quinze j’ai deviné la fin, c’est que votre intrigue est trop simple, comment emmener son lecteur et le tenir en haleine s’il a déjà deviné la moitié de l’histoire et la fin qui plus est. C’est comme un tricheur au Cluedo, ce n’est pas drôle et ça gâche complètement le plaisir.

Le dernier risque, qui est plus ou moins variable en fonction de ce que vous décidez d’écrire et du sujet abordé, c’est le vautrage (alerte néologisme mais j’aime bien celui-là) historique ou technique. Écrire un livre c’est chouette, c’est une belle expérience, mais vous devez être à peu près certain de vos références. Une histoire dont l’intrigue se déroulerait en France à l’ère napoléonienne dans les faubourgs de Strasbourg, si vous avez le malheur de parler de l’Allemagne alors que c’est encore l’Empire prussien, vous n’allez pas vous faire des amis partout. De même, si vous écrivez un livre sur les pirates et que vous écrivez une fiction historique, c’est mieux qu’un protagoniste mort depuis quelques années ne rencontre pas le héros. Après bien sûr, vous avez parfaitement le droit de prendre des libertés et d’inventer, votre imagination est la seule limite, mais une chose est sûre, il faut vous préparer à assumer d’éventuelles incohérences techniques, historiques et les choix qui en découlent. Ce type de problème n’est pas vraiment majeur à moins que vous écriviez des ouvrages qui sont ancrés sur des faits et des personnages historiques. Bien qu’il soit parfois utile de faire quelques recherches préliminaires. Par exemple, écrire un livre sur la colonisation hypothétique de Mars en 2300 après JC (nous parlons bien du barbu crucifié et pas d’un ancien président de la république française mais bon, on est pas à quelques années près…) Vous allez vous renseigner un peu sur la météo martienne, la géographie du coin, le ciel, les nuages, les conditions générale, vous n’allez pas décrire des scènes ou vos personnages subissent une gravité de trois fois celle de la Terre alors que Mars est plutôt à un tiers de notre gravité. Comme quoi, même en Science-fiction, parfois il faut faire quelques recherches.

Bien sûr, après il est possible d'être particulièrement joueur et de vouloir marcher sur des clous pour voir si ça fait mal

Bien, il y a probablement d’autres risques mais à cette étape là, vous avez évité ce qui a mon sens est le pire. Il vous faut maintenant définir votre histoire, la trame en quelque sorte, vous avez plusieurs façons de procéder. Il y a celui ou celle qui te regarde avec des yeux éberlués ?

« Un plan ? Mais pour quoi faire ? »

Ouais, je sais, ça peut paraître fou, mais certains auteurs se fichent comme d’une guigne de ce que je raconte et envoient balader la partie planification (ils n’ont pas tort non plus, c’est une façon d’agir comme une autre, et tout dépend du contexte et de la façon d’écrire.) Pour donner une idée, certains de mes projets n’ont volontairement aucun plan parce que je sais où je veux arriver mais que je me laisse le temps de complexifier l’intrigue en rajoutant des personnages ou des événements qui n’ont rien à voir avec l’histoire principale.

Après il y a les autres qui vont planifier les choses, une fiche par personnage, une fiche par événement, une fiche par lieu, une fiche par chapitre, une trame figée et déployée, des plans, des plans dans les plans, etc. C’est aussi une possibilité. Personnellement j’aime me faire une trame rapide sur une ou plusieurs pages pour me donner une idée d’où je veux arriver avec la possibilité d’y rajouter des chapitres et des éléments qui vont étoffer l’intrigue. L’avantage d’un plan, c’est que l’on évite les digressions, ou tout du moins, celles-ci sont limitées. Il faut bien comprendre que le processus à ce moment-là n’est en théorie, en tout cas pour moi, pas figé, un plan est amené à évoluer, une fin à se modifier, des idées peuvent survenir en phase d’écriture et bouleverser un plan si précieusement et soigneusement établi, et alors là, c’est le drame.

Une fois cette partie terminée, vous pouvez considérer que le plus gros du travail préparatoire est terminé du moins, c’est à ce moment que je le considère comme terminé. La semaine prochaine, j’aborderai les phases d’écriture à proprement parler et surtout la problématique de la feuille blanche.

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