Pourquoi j’ai choisi l’édition traditionnelle ?

Avertissement (sur les conseils de mon épouse tendre et adorée que j’aime)

Ce texte contient des paroles peut-être un peu dures, elles peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes. Ce texte est écrit sous l’impulsion de la colère probablement malavisée et mauvaise conseillère. Mais je n’aime pas que des gens sous pseudonymes m’envoient des messages privés et se permettent, sous couvert de leur sacro-saint anonymat, m’expliquer comment je dois gérer ma carrière d’écrivain. Je n’aime de plus pas que l’on dénigre mon éditeur, ce que je prends comme une insulte très personnelle.

édition traditionnelle contre autoéditionIl y a actuellement un drôle de conflit qui fait rage entre les auteurs : d’un côté les fervents partisans de l’édition traditionnelle via une maison d’édition tout ce qu’il y a de plus classique, de l’autre côté les auteurs autoédités qui prennent en charge la totalité du processus, de la rédaction à la publication. Plusieurs personnes que j’apprécie ont publié des billets tout à fait intéressants sur le monde de l’édition, les choix qui peuvent pousser un auteur vers l’une ou l’autre solution, je ne reviendrai pas ici sur les arguments de l’autoédition. Pour ma part, je ne viens pas sur vos pages de promotions pour vous dire que vous avez tort et que l’édition traditionnelle il n’y a que ça de vrai, ce message s’adresse à toi, monsieur illustre inconnu qui publie trois messages insultants sur mon sujet sans savoir de quoi tu parles et qui supprime ton profil avant que j’ai pu répondre.

Vous pouvez lire d’excellents articles en faveur de l’autoédition, ils se tiennent et je ne reviendrai pas dessus. Elen Brig Koridwen écrit des choses très justes pour compléter les propos d’Alan Spade sur son blog.

Je me sens quelque peu obligé de préciser ma prise de position et de corriger quelques idées préconçues que je peux lire de-ci de-là.

Loin d’opposer frontalement les deux modèles économiques, je pense qu’ils sont complémentaires et qu’ils doivent s’aider l’un l’autre à permettre au plus grand nombre d’obtenir la meilleure qualité littéraire possible. Je suis persuadé que tous ensemble, nous pouvons faire en sorte d’obtenir de meilleures conditions de rémunération et une plus grande reconnaissance du métier d’écrivain.

J’entends beaucoup ces derniers temps dans mon entourage proche des termes très durs à mon égard :

« Ouais, tu vas publier chez un éditeur, t’es un con, tu te fais avoir (pour parler très poliment), arrête de brader (pour parler poliment également) tes textes… »

À toutes ces personnes bien pensantes qui imaginent je ne sais quoi dans leurs têtes : J’ai choisi volontairement et en toute connaissance de cause mon éditeur. J’ignorais s’il apprécierait ma plume, j’ignorais si son comité de lecture supporterait mes textes, j’ignorais même la complexité et le temps nécessaire pour faire publier un livre. Toujours est-il que j’ai choisi l’édition traditionnelle avec une maison, certes petite, mais à la réputation honorable et au catalogue vivant.

Une révélation dans le monde de l'édition ?

Mais pourquoi me demanderez-vous ? Pourquoi ne pas choisir de profiter des formidables opportunités que nous offre le monde moderne et tous ses miracles de technologie permettant à n’importe quel demeuré de publier ses mémoires à seize ans et d’inonder l’Internet de sa prose révolutionnaire à la syntaxe audacieuse, la grammaire imaginative et l’orthographe aventureuse ?

Si j’ai choisi l’édition traditionnelle, il y a un certain nombre de raisons.

La première et non des moindres, c’est avant tout parce que j’apprécie les textes et les auteurs qui sont déjà présents dans la collection de cet éditeur. Sans vouloir jeter de fleurs à quiconque, je suis absolument ravi de pouvoir annoncer que, oui, je suis édité dans la même maison qu’Élisabeth Charier (Gahila) ou Stéphane Desienne (Voyager), auteurs que j’admire beaucoup pour leur plume agréable (à l’heure où je vous parle, ils sont dans le haut de ma pile à lire). Si j’ai choisi l’édition traditionnelle, et plus précisément la maison d’édition avec qui j’ai signé (Numeriklivres)

C’est parce que les ouvrages qui font partie de ses collections ont su me séduire et me confirmer le fait que j’apprécierai voir mon nom associé à cette maison d’édition, contrairement à d’autres maisons soi-disant plus prestigieuses qui n’ont clairement pas eu l’heur de me plaire, notamment vu la baisse de qualité des textes et la portion congrue des auteurs en langue française dans leurs catalogues respectifs. Sans être chauvin, il y a suffisamment d’auteurs prometteurs talentueux chez nous pour ne pas avoir à chercher désespérément à traduire des auteurs étrangers (je ne dis pas qu’il ne faut pas traduire les auteurs étrangers, ne me prêtez pas ce genre de propos).

Bien maintenant que les portes ouvertes ont été enfoncées, j’aimerais rappeler quelque chose une nouvelle fois. Quasiment tous les auteurs, et de nombreuses études le montrent doivent vivre d’autres expédients que de leur écriture pure (petite infographie de rappel et étude du Motif dans ce domaine). Certains ont la chance d’avoir un métier connexe, d’autre la possibilité et le réseau pour animer des ateliers et courir la campagne de façon rémunérée. Comment vous dire ? Pour ma part, j’ai un poste en CDI qui me permet de payer l’emprunt de ma maison, les factures, et de participer aux dépenses courantes du ménage. Il est hors de question qu’une activité dont je sais pertinemment l’ingratitude, la quasi-impossibilité d’en vivre à part entière et dont la chronophagie est avérée, se substitue à la sécurité d’un revenu fixe. Pensez ce que vous voulez, oui, mon rythme d’écriture s’en ressent, certes, je suis plus lent à écrire et à corriger mes textes, mais non, je ne joue pas ma vie sur un manuscrit que je vais envoyer à je ne sais combien d’éditeurs dans l’espoir d’une éventuelle publication. Au lieu de cela, je préfère peaufiner mon texte avec mon épouse, prendre le temps, corriger, encore et encore sans avoir à me demander comment je vais payer les traites pour la maison le mois prochain. Cela rejoint mon article sur la sérénité de l’écriture.

Bien, vous allez me dire, mais quel est le rapport avec l’édition traditionnelle ?

La réponse est simple : en un mot comme en cent : TOUT

J’ai choisi un éditeur traditionnel unique (qui ne m’empêche pas d’aller voir ailleurs si j’y suis pour d’autres manuscrits) pour la confiance que je lui accorde, pour le fait que je n’ai pas envie de me transformer en éditeur à plein temps. Chacun son métier. Il fait le sien, touche sa rémunération (certes est importante, mais ça, c’est le jeu, chacun est libre d’accepter ou pas les différents termes des contrats d’édition.) Le fait de lui faire confiance quant à la diffusion et la vente de mes livres ne m’empêche aucunement de m’investir dans sa promotion. Je suis parfaitement conscient que je ne vivrai probablement pas de ma passion dévorante et que celle-ci restera à jamais une maîtresse insatisfaite. Mais je préfère me montrer réaliste et assuré de pouvoir continuer à écrire sereinement sans hypothéquer mon avenir. Si des auteurs arrivent à concilier, emprunt immo, vie de famille, factures et écriture à plein temps, je suis preneur de vos suggestions, peut-être suis-je simplement très mal organisé.

Pour synthétiser ma position :

J’ai choisi mon éditeur actuel : Numeriklivre pour la qualité des textes de son catalogue, pour la disponibilité de son équipe, parce que je suis fier de pouvoir dire :

« Mes textes sont dans le même catalogue que ceux de… »

J’ai choisi cet éditeur parmi plusieurs propositions de contrats tout aussi intéressantes (ça peut paraître prétentieux, mais je pense que j’ai eu de la chance)

J’ai choisi l’édition traditionnelle à compte d’éditeur parce que je n’ai pas envie d’être au four, au moulin et de mener deux vies à cent à l’heure. Je veux pouvoir me consacrer à l’écriture sans me demander si je pourrais payer les pâtes que je mange ce midi (je caricature).

J’admire les auteurs qui se lancent à corps perdu dans l’autoédition, que ce soit pour garder la main sur leurs textes, leurs droits, ou n’importe quelle autre raison valable. J’ai découvert de très beaux textes autoédités, d’une qualité admirable qui force le respect et bien meilleurs que certains ouvrages présentés comme le nouveau phénomène bestseller mondial de l’année X ou Y.

Je n’autorise néanmoins pas les donneurs de leçon à venir me dire ce que je dois faire ou pas de mes textes.

Pour ma part, si l’autoédition est un excellent moyen pour maîtriser tous les aspects de la vie de son livre, de sa conception à sa vente, je n’ai pas l’énergie de courir en tous sens pour être au four et au moulin, qui plus est, mener de front deux vies et toute la campagne de promotion. Même si c’est instructif, je n’en ai pas la patience.

Pour résumer mon propos, je dirai que l’autoédition est à l’édition traditionnelle ce que la cuisine maison est à la restauration, dans les deux cas, il est possible de très bien s’en sortir comme de se planter lamentablement. Pour filer la métaphore, le tout est de connaître la bonne adresse pour trouver des produits de qualité.

Fruits ou éditions, le tout, c'est de choisir

En conclusion : l’édition d’un livre est pleine de pièges pour qui ne connait pas son environnement, quelle que soit la solution choisie, je ne peux vous conseiller qu’une seule chose : soyez bien entourés, à défaut, vous pourriez bien passer de désillusion en désillusion jusqu’à l’écœurement.

À titre de lecture complémentaire, je vous encourage à lire les très bons articles de ce blog qui vous parle des joies de l’édition et de l’environnement qui s’y rattache : Le site de Nila Kazar

À bon entendeur.

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