Soumission, voilà un terme qui peut être interprété de bien des manières, ton manuscrit aime-t-il également le fouet ?

Attention, l'article qui suit est un article coup de gueule

ALERTE COUP DE GUEULE SANGUIN

Ami lecteur, bonjour et bienvenue dans un nouvel article (coup de gueule) qui va (peut-être) te faire grincer des dents et craquer des phalanges, mais j’y suis préparé. J’ai choisi volontairement un ton plus personnel que pour mes autres articles, cette problématique me touchant particulièrement, j’ai décidé d’essayer de te sensibiliser toi aussi pour t’aider à comprendre mon modeste point de vue. J’insiste ici pour rappeler que c’est un état d’âme, un avis écrit dans la passion et avec forcément ma vision simpliste du monde qui m’entoure.

Vas-y frappe, je suis prêt

De nombreux articles, au demeurant fort bien rédigés, dénoncent avec force cris et humour le monde inique de l’édition. Pêle-mêle, je me permets de citer quelques sites que j’apprécie particulièrement qui vont contre les fameux clichés qui aujourd’hui me hérissent et me poussent à lancer mon pavé. Ces articles mériteraient d’être bien plus mis en avis à mon sens (évidemment je ne peux parler que de ce que je connais) et permettraient peut-être d’éviter que je ne m’énerve quand certains quidams viennent se prétendre experts dans le monde de l’édition sans jamais avoir eu la chance de publier ou d’avoir vu l’envers du décor, se contentant de reprendre encore et encore les mêmes arguments sans avoir réfléchi.
Je vous invite fortement à lire un peu les articles de Nila Kazar, ou encore ceux d’Elen Brig Koridwen dont la plume sensible et les arguments ont su me toucher et me faire réfléchir bien plus que je ne l’aurais souhaité, il y a également les articles d’Alan Spade qui sont plutôt bien rédigés, certains textes détonants traitent aussi de la problématique de l’édition et pour finir, un autre blog, Stoni 1983 qui se permet quelques articles au vitriol pas dénués d’intérêt bien que le choix de l’anonymat complet ne me plaise pas beaucoup…

À nouveau j’insiste lourdement sur le fait que les articles de ces blogs que j’apprécie sont d’excellents textes qui sont argumentés et posés, qui plus est, sont écrits par des gens qui côtoient le monde de l’édition traditionnelle et que je respecte. Très loin de la problématique que je soulève, à savoir, les petites phrases gratuites et désabusées qu’il est possible de lire de-ci, de-là, les auteurs cités plus hauts ont la volonté d’élever le débat et de poser de vraies questions (raison pour laquelle je prends leurs articles en exemple). Merci de ne pas déformer mon propos.

Je n’ai pas la prétention d’avoir toutes les réponses, mais j’aimerais, par mon coup de gueule, te faire réfléchir, toi qui es persuadé que les éditeurs sont de mauvaise foi. Je ne suis pas là pour tirer sur l’ambulance, loin de là, j’aborde dans cet article les préjugés les plus courants que je peux lire à droite à gauche sans aucune réelle argumentation dans des univers qui fonctionnent en circuit fermé et qui méritent un bon coup de pied dans la fourmilière, allons-y donc pour le top cinq des arguments débiles qui me sont servis régulièrement quand je discute avec des gens qui ne sont pas du monde du livre ou des auteurs qui n’ont pas eu la chance d’arriver à être publiés. (Ces arguments sont peut-être véridiques pour certains, mais ils expriment des situations bien plus diverses et bien plus complexes que l’argumentation simpliste laisse entendre). Note pour plus tard, il s’agit d’exemples classiques que l’on peut lire un peu partout, il suffit de faire trainer ses oreilles ou ses yeux sur les réseaux sociaux ou dans les salons du livre…

  1. Moins d’un pour cent des manuscrits soumis sont publiés par les maisons d’édition traditionnelles. (Probable)
  2. Les comités de lecture ne laissent aucune chance en n’ouvrant même pas les manuscrits. (Variable)
  3. Toutes les premières publications parues chez un éditeur sont le fruit du piston. (Faux et archi faux, je ne suis pas pistonné).
  4. Il n’y en a que pour les auteurs étrangers traduits. (Faux, je n’écris qu’en français).
  5. De toute façon la rémunération des auteurs chez un éditeur traditionnel c’est lamentable. (Pas faux, après faut choisir en tout état de cause).
  6. (Bonus) De toute façon, si un éditeur accepte de te publier, il va tenter de te baiser et faire réécrire ton roman par un autre. (Possible)

Bon, je vais vous la faire courte, il est imaginable que certains éditeurs soient comme ça, il est même imaginable que ça puisse se passer comme ça, mais comme le dirait ma maman, la vie est injuste et il faut faire avec, personne ne fera le boulot à votre place.
Jeune auteur bientôt publié (à l’heure où je vous parle), membre de plusieurs comités de lecture, éternel dévoreur de bouquins divers et variés, j’aimerais apporter mon humble avis et ma réponse sur les arguments évoqués ci-dessus, mes propos n’engagent que moi bien sûr, je ne suis pas éditeur, mais simplement auteur, je n’ai pas la prétention de savoir comment ça fonctionne à l’étranger non plus. Je vous invite à, si vous n’êtes pas d’accord ou si vous disposez d’arguments et de contre-exemples, venir m’en faire partager quelques-uns afin de me permettre d’ouvrir mon horizon.
Je n’aborderai pas ici l’autopublication, n’étant pas vraiment au fait de comment ça marche, ma seule contribution à ce type d’édition sera de dire que j’en lis et que j’y découvre parfois de véritables merveilles qui mériteraient d’être connues. Dans ce cas, j’en fais part sur ce site Internet, libre à chacun de choisir sa propre crèmerie. Pour moi, nous sommes tous des écrivains qui partageons la même passion de l’écriture, la même flamme pour raconter des histoires, le même enthousiasme à échanger nos errements littéraires, la même volonté à nous améliorer sans cesse et je vais m’arrêter là pour ne pas faire dans le lyrisme inutile.
Cet aspect étant posé, je vais me concentrer sur ces arguments qui méritent à mon sens une réponse circonstanciée afin de tordre le cou à certains clichés amplement diffusés sur la toile.

  1. Moins d’un pour cent des manuscrits soumis sont publiés par les maisons d’édition traditionnelles : quand je lis des ouvrages non corrigés qui sont présentés, ce n’est pas follement étonnant. Je connais plusieurs éditeurs souhaitant désespérément étoffer leurs catalogues qui pleurent devant la masse de textes qu’ils reçoivent, mais dont la qualité n’est pas suffisante pour oser prendre le risque de le publier, même après une réécriture. Ce n’est pas faute de ne pas le vouloir, mais la qualité n’est pas au rendez-vous malgré la masse de propositions.
  2. Les comités de lecture ne laissent aucune chance en n’ouvrant même pas les manuscrits : en même temps, un résumé qui ne donne pas envie et des textes déjà publiés ne nous intéressent pas forcément. Pour rappel, dans certains cas, un premier tri est déjà effectué à la réception des manuscrits avant transmission au comité de lecture, d’où l’intérêt de bien soigner sa présentation et celle de son roman pour qu’il donne envie à l’éditeur d’aller plus loin.
  3. Toutes les premières publications parues chez un éditeur sont le fruit du piston : et puis quoi encore ? Dans certains cas peut-être, mais dans ma situation et je suis très loin d’être le seul, j’ai envoyé mes manuscrits sans aide, merci bien. La cooptation ne garantit aucunement la qualité d’un ouvrage. Un éditeur qui ne publie que sur piston risque de fermer boutique rapidement (c’est mon avis personnel).
  4. Il n’y en a que pour les auteurs étrangers traduits : encore une fois, ne soyons pas catégoriques, certaines maisons sont spécialisées dans ce domaine, mais de nombreuses autres mettent les auteurs francophones à l’honneur.
  5. De toute façon la rémunération des auteurs chez un éditeur traditionnel c’est lamentable : oui, c’est vrai, il faut le reconnaître, d’un autre côté, la maison d’édition doit payer ses salariés, elle prend le risque à sa charge sans demander de contrepartie à l’auteur et elle gère toute la promotion. Libre à l’auteur d’accepter ou non les conditions proposées au contrat (tout est affaire de négociation).
  6. De toute façon, si un éditeur accepte de te publier, il va tenter de te baiser et faire réécrire ton roman par un autre : Encore une fois, ne soyons pas si catégoriques que ça, toutes les maisons ne le font pas et il ne tient qu’à toi de négocier dans ton contrat l’interdiction de la pratique du rewriting. Après, c’est à toi aussi de te débrouiller pour avoir un texte qui ne nécessite pas cette étape immonde ou si peu (parce qu’il ne faut pas déconner non plus, un éditeur aura toujours son mot à dire sur le texte, à toi d’accepter ou pas).

Réfléchissez avant de vous insurger sans essayer de comprendre !

Si au lieu de se taper dessus on travaillait ensemble à attrapper plus de poissons ?

Maintenant que nous avons fait un tour d’horizon des arguments sortis de leur contexte pour pester contre les éditeurs et leurs soi-disant refus ineptes de publier ton texte, j’aimerais partager avec toi quelques petites réflexions, ami lecteur, auteur, ou ce que tu veux au sujet de ce qui se passe en comité de lecture. (attention pavé dans la mare, vous voilà avertis).

Afin de mettre un pied dans le monde de l’édition de l’autre côté de la barrière, voulant me faire une idée plus précise de la réalité, j’ai été voir un peu ce qui se faisait chez les éditeurs pour essayer de comprendre, je remercie ainsi les deux maisons d’édition régionales et le comité de lecture du théâtre national local qui ont répondu à mes questions dans le cadre de mon dossier de présentation au baccalauréat, houla, ça remonte à loin. Par égard pour ces établissements, je ne donnerai ni noms ni informations sur lesdites maisons, car je n’ai pas envie tout d’un coup de recevoir des manuscrits par messagerie, pour info, je rappelle aussi que même si je vais être publié, non, je ne transmettrais pas et je n’étudierai pas les deux manuscrits reçus dans l’espoir secret que je les glisse dans la boite mail de mon éditeur. D’abord ça ne se fait pas, secundo, je n’ai pas la prétention d’avoir le pouvoir de lui imposer quoi que ce soit sur sa ligne éditoriale, je suis auteur, pas éditeur ni membre du comité de lecture de cette maison. Voilà, ça aussi c’était une belle digression, revenons-en à notre sujet principal s’il vous plaît. Grâce à ces prises de contact, j’ai eu la joie d’être initié et de devenir membre de plusieurs comités de lecture, ce qui fait que je suis amené à donner mon avis sur ton manuscrit, toi qui as le courage de le déposer à notre table, qui que tu sois. Il faut bien te rendre justice, tu as l’espoir secret d’être publié dans l’une des collections de l’éditeur visé aux côtés de noms qui te font probablement rêver avec un contrat d’éditeur (soit l’une des façons en théorie les moins risquées qui soient de te faire publier). D’accord, l’idée est bonne, laisse-moi d’abord, le temps d’une digression, te détromper lourdement, un contrat d’éditeur ne te garantit pas avec certitude d’être publié, il peut y avoir des problèmes de droits, des difficultés d’organisation, un planning éditorial sur plusieurs années, la maison d’édition peut même disparaître du jour au lendemain dans certains cas dramatiques.

disparition mystérieuse d'une petite maison d'édition, les terroristes de Proxima du centaure soupçonnés...

J’aimerais maintenant aborder avec toi, ami lecteur, un aspect important dans un comité de lecture. Tu n’es pas seul à débarquer avec ton manuscrit, et en fonction de l’année ou de la période, tu peux même tomber dans le lot des deux cents ou des quatre cents de la semaine ! Est-ce que tu te rends compte du rythme de lecture qui est nécessaire pour absorber la charge de travail ? Alors maintenant, ne viens plus t’étonner que certaines maisons d’édition n’ouvrent leurs soumissions de manuscrits que pendant une courte période de l’année. J’ai la chance de pouvoir participer à deux comités de lecture dans des petites maisons aux ambiances familiales, laisse-moi te dire, cher toi qui déroules ce message, que même pour ces maisons, ce n’est pas de tout repos. Il m’est arrivé de recevoir à une époque plus de vingt manuscrits à lire, classer et juger en moins de dix jours pour aider à résorber un surplus de soumissions. Les mois de décembre et janvier sont propices à la réception de manuscrits en trop grande quantité. Tu crois dans ton livre ? Sincèrement, un conseil d’ami, évite absolument cette période, un excellent manuscrit, bien meilleur que le tient, d’un auteur chevronné pourrait émerger et faire paraître fade tous les autres du lot d’autant que les membres du comité submergés par la charge tendront à se montrer bien moins indulgents.
Bien, donc sur cette masse de manuscrits, j’aimerais aborder deux points parfaitement inutiles :

  • La plupart des apprentis auteurs ne se donnent pas la peine de regarder les titres dans les collections ou de lire les résumés au catalogue des éditeurs, non, ils ratissent large en se disant qu’ils feront le tri plus tard. J’insiste lourdement là-dessus, mais je n’ai vu que trop de textes de littérature blanche soumis à un éditeur spécialisé en SFFF ou de romans érotiques proposés dans des collections pour enfants (ne riez pas, ce n’est pas drôle du tout et ça arrive bien plus souvent que vous ne pourriez l’imaginer…)
  • De très nombreux auteurs ne se donnent pas la peine de corriger leur manuscrit, ou de le faire relire par un professionnel, autant te dire tout de suite que n’ayant pas beaucoup de patience, ni beaucoup de temps, moi, au bout de quinze fautes d’orthographe par phrases sur trois ou quatre pages, je ferme le bouquin, je barre le nom et je passe au suivant. Ne parlons même pas de la syntaxe calamiteuse ou de l’absence de ponctuation, ce sont probablement des coquilles, mais ça laisse une impression peut-être complètement fausse de manque total de sérieux. Dans ce cas, prenez un logiciel correcteur professionnel, assurez-vous d’un soutien de plusieurs bêtas-lecteurs, ou encore d’un spécialiste dont le métier est la correction.
un tas de livres à lire pour hier s'il vous plaît, et avec un compte rendu détaillé de préférence

Dans la masse de manuscrits, il faut parfois faire des choix, c’est là que l’éditeur prend toute son importance, le comité de lecture rend un avis, mais c’est l’éditeur qui décide si oui ou non le livre entre dans sa collection. Pour ça, il peut se baser sur le résumé que l’auteur a fait de son œuvre, sa présentation et la fiche lecture communiquée par le comité de lecture. Mais voilà, l’éditeur a décidé que tu ne rentrais pas dans le cadre, c’est la dure réalité, mais il doit veiller avant tout à la vie de sa maison d’édition. Il faut penser plannings de parution, actualité du moment, opportunité de publication (est-il vraiment nécessaire de publier la biographie romancée de six dentistes retraités la même année ?), ligne éditoriale (comment ? Tu voudrais que l’on te crée une collection juste pour toi ? Mais bien sûr…)

Alors forcément, si tu veux te faire publier, il y a des étapes, bien sûr qu’il y a des frustrations, encore une fois, la vie est injuste et c’est sur toi que ça tombe, c’est scandaleux, mais c’est comme ça. S’il te plaît, ami auteur, avant de hurler ta malédiction et ta rage sur l’immense toile d’Internet, il faut que tu saches que de nombreuses maisons d’édition vont faire une petite recherche sur toi avant d’accepter, par exemple pour voir si par hasard, la magnifique perle que tu leur déposes dans la boite de messagerie n’a pas déjà été publiée quelque part, ou pire, autopublié, ce qui signifie autant de lecteurs en moins et donc de ventes. Il est possible qu’en semant tes imprécations à tour de bras façon moulins à vent, tu te retrouves comme Don Quichotte, à te battre contre toi-même et la réputation que tu auras contribué à bâtir autour de toi.

Un éditeur est une créature aussi sensible sinon plus que l’auteur, elle vit dans un autre monde que le tient. L’éditeur doit penser à ses salariés, son chiffre d’affaires, sa marge de progression, la cohérence de ses collections, sa temporalité est différente de la tienne, du coup, il pourrait te donner une réponse tardivement, dans tous les cas si tu espères payer tes pâtes de la semaine prochaine avec tes droits d’auteurs du manuscrit que tu viens de soumettre hier, tu peux te brosser. C’est normal, c’est le jeu, il faut bien se faire à l’idée. Un auteur impatient un jour m’a soutenu mordicus que l’éditeur à qui il avait envoyé son manuscrit était un salaud et qu’il avait rejeté à la va-vite son chef-d’œuvre sans le lire. C’était vrai, j’étais l’un des membres du comité de lecture à avoir écrit une fiche sanglante à son sujet. Mais quand un roman est soumis dans un formalisme immonde, a déjà été publié gratuitement ou pire, autopublié sur une plateforme célèbre, que l’orthographe est calamiteuse, l’histoire bancale, la prose plate comme une planche et qu’en plus, dans sa présentation l’auteur ne parle que de lui et pas de son texte… Il faut agir.

Oui, ton texte a été rejeté, oui, les raisons sont peut-être injustes de ton point de vue, mais avant d’en vouloir au monde entier, d’estimer que tu es puni parce que tu n’es pas fils d’untel, ministre trucmuche, acteur célèbre ou richissime dandy, pose-toi la question de la qualité de ton écrit. À titre d’exemple, et parce que je peux en parler sans honte, j’écris depuis maintenant plus de quatorze ans, mon premier roman, je l’ai travaillé pendant douze ans avec huit réécritures et autant de corrections, plusieurs bêtas-lecteurs. J’ai osé le soumettre à une flopée de maisons d’édition sans prendre garde, ni au temps de réponse ni aux types de contrats proposés. J’ai reçu d’excellents échos, mais aucune maison ne voulait me le proposer en contrat d’éditeur. J’ai donc avant de pester contre le monde entier, pris le temps de réfléchir, m’atteler à un autre projet, puis, pendant une année, je l’ai encore une fois réécrit. En 2015 j’ai soumis cette version finale à six maisons d’édition uniquement, triées sur le volet, avec des délais de réponse similaires. J’ai soigné la présentation, montré que je connaissais les collections et que je voulais que mon nom puisse être associé avec ces maisons spécifiques. Résultat, j’ai reçu quatre propositions de contrat d’éditeur en temps et en heure, j’ai eu la chance et le privilège de pouvoir choisir avec qui mon nom allait être associé pour de nombreuses années, du moins je l’espère. Tout ça pour te dire, ami lecteur, ami auteur, ami visiteur, que toi, qui te bats pour faire publier ton premier roman, tu es libre de choisir la solution qui te convient, mais s’il te plaît, ne vient plus me ressasser les oreilles de ces constats de comptoir sans intérêt.

Encore une fois, j’insiste sur l’importance des éléments suivants : Je ne nie pas la réalité, la sélection est très rude, il est possible qu’un texte dans un lot soit très bon et éclipse la qualité d’un texte moins abouti, l’état d’esprit et la disposition du lecteur est importante aussi, l’éditeur peut penser à tort où à raison que non, ce n’est pas le moment, il peut y avoir mille et une raisons pour laquelle votre manuscrit est rejeté par une maison d’édition, mais avant de tempêter haut et fort que les éditeurs sont des gens qui n’y connaissent rien, remettons-nous d’abord en question. Mon texte est-il vraiment si bon que ça ? Ai-je bien ciblé la maison d’édition qui m’intéresse, est-ce la bonne période ? Il est inutile d’inonder la toile de ressentiment qui ne fera que vous desservir.

Encore une fois, j’insiste lourdement, mais certaines mauvaises langues penseront toujours avoir raison sur la question, il ne s’agit pas d’opposer deux choix et deux crèmeries, il s’agit de te faire prendre conscience que le menu est différent et que celui-ci varie vraiment d’un endroit à l’autre. La maison d’édition se compare au restaurant, on voudrait parfois y manger, il est possible que plus elle soit huppée, plus il faille réserver en avance et il est toujours possible qu’on t’envoie balader sans te donner de raison, l’autopublication, tu achètes tes ingrédients toi-même, tu fais ta propre cuisine et ta propre présentation sans avoir un grand chef pour venir te proposer de corriger ta sauce. Chacun son truc, dans tous les cas, l’idée est de manger ou de découvrir un plat intellectuellement délicieux.

Encore une fois, oui, ce texte est un peu virulent, oui, il est très polémique, oui, je me suis peut-être un peu emporté, mais, car il y a un mais, j’en ai assez d’entendre que l’auteur est facilement meurtri dans sa chair et dans sa plume, oui, il doit lui être porté une attention particulière, car il expose en présentant son texte, une partie de son âme à nue, mais c’est aussi à l’auteur de savoir se remettre en question, si le manuscrit est refusé, il est éventuellement possible de demander par écrit ou par téléphone un petit compte rendu, juste savoir ce qui n’a pas plu. Sauf si vous êtes agressif au téléphone, votre interlocuteur pourra peut-être vous donner une vague idée (testé et approuvé, en 2014), mes premières soumissions m’ont laissé un goût amer, du coup, j’ai demandé par téléphone et par écrit des informations complémentaires et sur douze maisons sollicitées, une seule m’a répondu sèchement en m’envoyant sur les roses, toutes les autres ont accepté de me consacrer quelques minutes de leur temps à me répondre, parfois lapidairement, parfois douloureusement pour moi, mais j’ai obtenu mes réponses.

J’aimerais sincèrement que ce petit texte qui s’adresse à toi, auteur meurtri par les refus et les délais incroyables qu’affichent certaines maisons, soit perçu dans son essence, comme un formidable encouragement à persévérer maintenant que tu comprends peut-être un peu mieux (je l’espère) ce qui se passe de l’autre côté du miroir. Le choix du restaurant ou de la cuisine maison reste le tient plein et entier. Que ce soit par conviction ou par dépit, certains constats sur la réalité de ce qui se passe en cuisine sont amers, mais que cherchons-nous en tant qu’auteurs ? L’excellence avant tout. J’en suis persuadé, quelle que soit notre considération, nous voulons donner le meilleur de nous-mêmes, parfois cela n’est pas suffisant, c’est frustrant, mais alors il faut se remettre au travail.
Pour finir, je citerais ce grand homme : Nicolas Boileau (1636,1711) qui dans l’art poétique a écrit ces quelques mots magnifiques :

Avant donc que d’écrire, apprenez à penser.
Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément.
Hâtez-vous lentement, et sans perdre courage,
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage,
Polissez-le sans cesse, et le repolissez,
Ajoutez quelquefois, et souvent effacez.

Copyright © 2016 Lysere. All Rights Reserved.