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Les rituels d’écriture. Comment ? Pourquoi ?

Vous avez un concept d’histoire, une idée géniale (c’est normal elle est issue de votre imagination) et vous êtes persuadé que vous serez l’héritier/e d’Umberto Eco maintenant que la place est libre (pas de jeu de mot ou d’esprit mal placé, je respecte l’œuvre de l’honorable auteur qu’il était, je me contente d’user de l’actualité récente). Autant vous prévenir de suite, il y a du monde au portillon de la consécration, comme à la boucherie, va falloir prendre un numéro, comme à la loterie vous ne serez pas appelés dans l’ordre, et fonction de si vous avez du talent ou non, vous serez appelé avant ou après les autres. Dans tous les cas ne désespérez pas, certains très grands noms de la littérature n’ont eu leur grand moment de gloire qu’après une vie ascétique et une mort peu intéressante. Cela dit en passant, si vous avez choisi la voie des arts pour vous exprimer, c’est que vous faites peu de cas de votre portefeuille, ou alors vous êtes désespérés, pour les gains faciles immédiats et la célébrité fulgurante, l’ENA c’est par là (bon d’accord elle est facile, mais faut avouer qu’en ce moment, il y a de quoi se poser des questions, bref, passons, je m’égare et certains de mes amis me font les gros yeux…) Nous allons revenir à ce qui nous préoccupe vraiment, les rituels d’écriture (Je vous ai dit qu’il était inutile de m’amener cette pauvre poule noire et que non, nous n’avons pas besoin de prendre la voiture pour aller visiter le cimetière un soir de nouvelle lune. Comment ? Oui vous avez raison, on peut y aller à pieds, nous aurons l’air bien moins suspects. Les robes noires ? Celles-là ? Non, non, juste une robe de chambre pour la maison… Qu’allez-vous donc imaginer ? Posez ce téléphone, je vais être obligé d’employer mon kriss sanctifié à la gloire d’Underwood à un moment inopportun).

Ceci est mon dieu

Nous y voilà, vous cherchez à transmettre quelque chose, vous avez choisi le support écrit pour poser vos pensées les plus secrètes, vous êtes là, tremblant devant votre feuille blanche ou votre clavier et vous commencez à écrire.

Stop. Voilà, je vous ai coupé dans votre élan, je suis un vil sadique qui aime faire souffrir le nouveau génie fraichement révélé que vous êtes. Non ? Comment ? Ha, une petite voix à mon oreille me souffle que vous êtes en train de lire un article sur un blog qui traite de l’écriture et des problème qui jalonnent le parcours de l’écrivain au sens large. Comment ? Il faudrait que j’entre dans le vif du sujet ? Si le lecteur l’exige, je m’exécute (Merci, ça ira, je vous rends votre revolver, c’est gentil mais veuillez cesser avec le premier degré) Les rituels d’écriture sont un aspect important de mon travail d’écrivain. Pourquoi est-ce que je parle de rituels ? Le terme est emprunté à la sémantique religieuse et il a son importance pour moi.

Nous avons tous nos petites habitudes, le café à tel moment de la journée, chanter ou pas dans la douche, mordiller un capuchon de stylo lorsque nous réfléchissons, chacun de nous a plus ou moins mille petites manies qui lui sont propres et révélatrices de sa façon de penser ainsi que de son état physique et mental. Pour donner un exemple plus ou moins idiot, je n’arrive pas à travailler sur un nouveau projet si je n’ai pas trouvé au moins une ou deux musiques qui vont m’inspirer sur la question, c’est parfois assez fatigant parce que les délais imposés ne permettent parfois pas de le faire, mais tant que je n’ai pas cet élément, rien à faire, je vais tourner en rond et pédaler dans la semoule. Bref, donc, il est question ici de quelque chose de plus intime. Les manies sont personnelles, mais souvent elles sont assez unanimement reconnues parmi les gens qui nous entourent. Combien de fois n’ai-je pas entendu cette phrase :

« Toi tu es énervé, qu’est-ce qui t’arrive ?

— Moi ? Rien du tout, je vais très bien.

— Bien sûr, c’est pour ça que tu déchiquettes des brouillons de dossiers confidentiels à la main plus efficacement que notre broyeur de document flambant neuf dernier cri.

— Ha ? Maintenant que tu le dis… Je me suis dit que ça m’éviterait de me lever de ma chaise et de faire trois pas. Bon d’accord c’est encore bidule qui a demandé un truc aberrant pour hier. »

Toute ressemblance avec une situation réelle serait purement fortuite et uniquement le fruit d’un hasard tout à fait étrange (à moins bien sûr que les sociétés secrètes ne soient dans le coup puisque nous parlons de rituels.)

Voilà, je parle de rituel, voilà qui débarque dans sa pyramide enchantée

Donc, à mon sens, les rituels sont des manies destinées à nous mettre dans le bon état d’esprit afin de lancer notre élan créatif (Il ne faut bien sûr pas le lancer trop fort, ni trop loin, après vous pourriez être obligé de le chercher un moment si votre animal de compagnie s’enfuit avec en pensant que vous voulez jouer à « Rapporte l’esprit créatif de papa/maman/ce-que-vous-voulez ») Mais ces manies ne sont pas forcément connues du grand public, ni même de votre entourage le plus proche, il s’agit parfois de pulsions inavouables telles que la décence nous impose de garder le silence, bien sûr, certaines fois il s’agit simplement de se faire une tartine géante beurre de cacahouètes, pistou, fromage de chèvre, saucisson, avocat et de la manger en douce afin de glisser dans un sentiment béat d’exaltation et de fébrilité à moins que ce soit votre taux de cholestérol qui explose en un feu d’artifice et vous rende un peu fébrile.

Mon cholestérol à moi

Ces rituels ont un côté que je trouve personnellement apaisant, en fonction de votre état initial, ils vous permettront d’atteindre avec une plus grande facilité votre inspiration du moment. Il peut s’agir de choses très simples comme de techniques beaucoup plus élaborées. Tout dépend de vous. Pour ma part, en commençant une session d’écriture j’essaie de m’inspirer d’un ou deux morceaux de musique que j’aurais choisi avant, je n’ai pas forcément besoin de les écouter réellement mais simplement de m’en inspirer, puis d’avoir le silence le plus complet autour de moi à l’exception du son du ventilateur de l’alimentation de mon ordinateur et enfin un clavier qui fait le plus de bruit possible lorsque je tape dessus (un clavier mécanique pour gamer avec des touches épaisses en plastique dur est pour moi une source importante de libération) Le bruit des touches va peu à peu animer mon environnement sonore, un rythme de frappe plus rapide va me rassurer quant au fait que je sais ou je vais et que je m’y dirige tandis qu’une perte de rythme va m’alerter sur éventuellement soit une perte de sens de mon récit ou sur le fait que celui-ci s’essouffle. C’est pourquoi il est si important pour moi de travailler dans la plus grande tranquillité et qu’il m’est excessivement difficile de me concentrer avec des sources de distraction sonores. Le moindre dérangement me cause alors la plus grande des frustrations car l’équilibre est fragile. C’est un rituel comme un autre et en fonction des situations, la pratique de celui-ci va se modifier et s’adapter. Ce qui est assez étonnant, c’est qu’on ne se rend compte de leur force que lorsqu’il est impossible de les pratiquer. Pour ma part, devoir écrire sur un clavier qui ne fait pas de bruit ou avec une plume qui ne crisse pas m’empêche totalement de trouver cette sérénité que je cherche à travers ma pratique de l’écriture.

Il ne tient qu’à vous, qui avez envie d’écrire, ou de pratiquer une activité créative, de prendre le temps de réfléchir à ce qui vous convient le mieux. Chaque personne est différente, et ce qui convient à certains ne conviendra pas à d’autres. Je ne suis pas là pour vous dire quoi faire, c’est à vous de vous connaître. Le simple fait de vouloir travailler avec telle ou telle matière, tel jour de la semaine, à telle heure, tout cela participe au processus créatif. Mais tout processus créatif nécessite impérativement à son auteur d’être réceptif à son environnement. Je suis persuadé que sans cette ouverture d’esprit, il est complètement inutile d’espérer arriver à créer quelque chose. Bien sûr, nous sommes tous là à dire :

« Oui, moi tu vois, je peux faire ça comme ça, en claquant les doigts, ça me vient et j’ai l’illumination.

— Mais bien sûr. Et mon cul c’est du kevlar ? » Comme demanderait R2-D2

Probablement pas un modèle aussi polyvalent que l'original

Pour résumer rapidement, un rituel est avant tout, totalement personnel, souvent très confidentiel, dynamique car il s’adapte à votre état d’esprit et à ce que vous recherchez. Les choses les plus simples sont souvent les plus efficaces, n’hésitez pas à demander à votre entourage s’ils ont remarqué des manies spécifiques que vous auriez régulièrement dans certaines situations. C’est parfois très révélateur de ce que vous pourriez tenir comme rituel personnel.

Le dernier point que je voudrais soulever sur ce sujet est le côté artificiel du rituel. C’est assez paradoxal, mais à mon sens parfaitement logique, bien que pour d’autres cela puisse paraître incongru : le rituel, dans sa nature, est volontaire, une fois que vous l’avez identifié, il vous suit comme une sorte de talisman, vous permet de vous détacher du concret et vous protège en théorie d’une partie des difficultés. Plus vous êtes conscient de la nature et de la forme de ce ou ces rituels, plus ils prennent de la place et plus vous êtes tenté de les complexifier. Au départ, vous ne preniez qu’un simple thé en sachet, puis vous êtes passés aux thés en vrac, ensuite vous êtes passé au bio, enfin il vous a fallu une dose plus forte, alors vous avez commencé à importer des substances rares et chères, vous voilà maintenant à organiser vos propres cérémonies du thé qui durent deux heures vingt-deux très exactement, quelle sera la prochaine étape ? Vous n’en savez rien ? Moi non plus. Ce qui est sûr, c’est que le rituel a pris tellement de place qu’il a remplacé la créativité par quelque chose de plus insidieux : la procrastination.

Ce que vous preniez pour une façon de vous mettre en situation est devenu quelque chose de tellement lourd et artificiel que vous n’arrivez plus à créer. C’est là que les difficultés commencent. Il faut trouver un équilibre entre le temps de mise en situation et l’énergie que vous allez y déployer. Plus vous vous débattez à trouver et à renforcer la qualité de votre préparation, moins votre esprit est disponible pour l’acte créatif. C’est peut être pompeux mais c’est un réel problème pour qui veut un jour prétendre à créer quelque chose. Comment est-il possible et tolérable de se considérer comme un créatif si la seule chose que l’on fait, c’est du vent ?

L’étape finale à mon avis, est d’arriver à se passer des rituels et d’auto-induire son état de créativité par la simple évocation de ses rituels. J’écris à ce jour depuis plus de dix ans, et je n’ai pas encore réussi à m’en passer, mais je pense que c’est quelque chose qui arrive plus tard, avec la maturité que je n’ai pas encore.

Toujours est-il que créer quelque chose, quoi que ce soit, nécessite de voir la réalité, non pas pour ce qu’elle est, mais pour ce qu’elle pourrait être. Afin d’y arriver, il faut : soit être naturellement doué (je ne le suis pas) soit s’inventer ses propres rituels pour arriver à faire une scission propre entre ces deux facettes de la réalité.

Je ne donne volontairement pas d’exemple de rituels qui « fonctionnent » à part le coup du clavier et du silence pour moi parce que c’est à vous de trouver les vôtres. Je le dis et le redis, les talents des uns peuvent ne pas s’exprimer de la même manière que ceux des autres, et chacun dans ce domaine doit trouver sa voie. Le rituel n’est qu’une façon de voir les choses, un filtre que nous définissons afin que l’acte créatif puisse s’exprimer dans un monde ou la pensée créative n’est pas une habitude.

En espérant que cela vous permette d’y voir plus clair.

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